mercredi 29 février 2012


C'est toujours la même chose.
Braga (41°35' 00" N 8° 25' 00" W) est une jolie ville, avec quelques lieux d'intérêt (dixit le guide bleu Hachette, édition 1953, que je me trimbale pour les jolies cartes et descriptions périmées mais fort bien tournées, et qui me permet de part son format de déambuler dans les rues tout en donnant l'impression d'être simplement absorbée par la lecture d'un roman, et non pas de marcher dans les pas des touristes).
Braga, donc. Toujours, assurément, j'en arrive à la même conclusion : on en fait vite le tour, voire, on peut s'y ennuyer, vraiment, terriblement (c'est-à-dire ne rien pouvoir en retirer, ou presque).
Je me trouve dans le seul café ouvert sous les Arcades, haut lieu de passage du petit périmètre restreint du centre, devenu piéton il y a quelques années.
Je me souviens encore du brouhaha généré par les allées et venues de taxis élégants et bleu marine, entrecoupées par les vendeuses de sardines venues des banlieues autrefois campagne, tentant d'approcher le client avec douceur mais, le naturel revenant aussitôt, hurlant littéralement sur les passants (ce qui explique, d'après moi, l'origine du fado).
Gamine, j'observais les cireurs de chaussures -troublée et curieuse - qui, du haut de ma condition privilégiée d'enfant d'immigrés m'assenait de terribles coups de culpabilité, je me souviens bien, dans les tibias, là, directement où ça fait mal. Je ne sais pas si les cireurs viennent encore s'installer par ici, et si les hommes pressés ont depuis ce temps-là décidé, finalement, de cirer eux-mêmes leurs chaussures. "La Crise" .. peut-on entendre ici et là.
(Le lendemain, en pleine journée, j'ai pu constater qu'ils n'étaient pas là)

(...)
Quelques secondes sont passées, et pourtant comme une idée de temps suspendu, ou d'éternité, je ne sais plus ; tout cela finalement se ressemble. Je regarde vaguement autour de moi, la fontaine retient mon attention, elle s'excite au milieu de la place, là. Et là, précisément, un homme, un homme d'âge mûr comme on dit (c'est l'effet produit par les accents circonflexes répétés qui font de l'effet, j'en suis sûre) qui traverse la place rasant les arcades semble m'avoir entendue.
Il me regarde fixement, au même instant j'ai suivi son regard - celui-ci m'étant destiné, fatalement, nous nous sommes donc regardés.
Je le savais.
Je savais qu'à cet instant-là il allait faire demi-tour.
Je l'ai cherché.
A force d'écrire les choses, elles finissent par se réaliser.

Il s'est assis en face de moi. Il me regarde.
Il me fait penser à Gérard (bye-bye Gérard, etc)
Il ouvre et la bouche et dit

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