mardi 28 février 2012

Treize heures et des poussières, février n'en fini pas de m'achever. En douceur.

Plus tard, table ensoleillée, dans le quartier des Clérigos. Mon premier verre de vinho verde.
Sur mon lit d'hôtel, j'ai laissé Résurrection de Sà-Carneiro, acheté ce matin.
Les premières heures de fatigue accumulée - mêlée de cette crainte d'aller et venir seule dans cette ville que je connais, et que je ne connais pourtant pas (où en définitive je me perds encore) - commencent à laisser place au temps distendu et élastique, caractéristique du voyage (ou du repos, c'est à peu de choses près des voisins de palier). C'est cela voyager, je crois : se laisser le temps de se perdre...
parler aux inconnus, aussi.
Obtenir une sacrée ristourne pour le parking après une heure de conversation (la pluie, le beau temps, la crise) avec le gardien du souterrain. Je pense encore à ses yeux brillants scrutant de temps à autres ma main gauche pour -qui sait - y apercevoir une alliance, ce qui aurait eu pour effet de ranger définitivement au rayon du fantasme (en haut, à droite) son excitation curieuse.
Il a été mes premiers mots échangés à Porto-la-belle, jusque là je m'étais contenté de frapper sur le volant Aladdin Sane de Bowie. Porto qui m'a épuisée après deux heures à chercher vainement la bonne sortie d'autoroute depuis l'aéroport, à traverser le fleuve de part et d'autre, à plusieurs reprises, sans jamais trouver comment descendre des hauteurs du Pont comme suspendu éternellement au ciel. C'est bien simple : le centre de Porto n'est jamais indiqué. Le centre de Porto est peut-être partout ou, de manière plus plausible, il n'existe pas.
Chaque fois qu'une route semble y mener, voilà qu'elle se dérobe, annonçant finalement les faubourgs. Le centre, j'ai fini par le gagner, longeant la rive du Douro... oui, je l'ai gagné.
Vient ensuite le centre lui-même. Aucune rue à Porto ne ressemble à une autre ; la ville est agencée de manière à ne jamais pouvoir se repérer géométriquement dans l'espace. C'est un dédale continu et anarchique d'artères, l'une n'étant ni parallèle, ni perpendiculaire (on le souhaiterait pourtant parfois) à l'autre.
Fatalement, donc, je me perds. Sens de l'orientation oblige.
Ereintée. Fatiguée.
En me couchant hier soir j'ai un peu pensé à la queue de X. Elle a vite laissé place (car je sais qu'il a le sens du partage comme aucun catholique ne saurait l'avoir) au torse nu du vigile/viril et doux à la fois, à la toison épaisse et confortable, comme celle d'un frère. Je l'ai imaginé, l'homme-souterrain, allongé sur le dos, le long du lit de la chambre d'hôtel, parlant (encore!) juste après avoir baisé -la chambre baignée de la lumière du jour, les rideaux maladroitement tirés.
(j'étais trop fatiguée pour me branler, car je voulais le faire doucement ; mon corps était alors bien trop lourd, bien trop pesant).

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