mardi 27 novembre 2012

Tous les matins, jours ouvrés.
Elle est là, cette dame hors d'âge, assise à la même table. Le week end je ne sais pas. Généralement je dors. Il n'y a que le travail qui puisse me forcer à me lever ainsi, me contraindre à ce point, et me priver de ma liberté.
Echappée. 
Ce matin, pour la première fois - et je sais pourquoi - je me suis dis que je devrais prendre le temps de m'arrêter. Lui demander pourquoi, tous les matins, elle est là.
Café, tartine jus d'orange. Les mots fléchés du seul quotidien disponible.
Madame, pourquoi êtes-vous là tous les matins ? Mais je suis déjà dans le métro, les larmes me montent aux yeux.
Là, assise sur un strapontin qui menace de céder, je pleure à l'idée que j'ai peut-être pris du poids - oui, encore, et que la dame du matin s'éteindra probablement sans qu'aucun souvenir de sa vie ne me soit conté.

dimanche 25 novembre 2012

48° 52' 7.96'', 2° 23' 9.52''
ça ressemble à une journée qui n'a pas existé.
ça ressemble à un jour férié.
un drame s'est déroulé. mais c'était un jour férié.
alors le drame n'a pas eu lieu.
ça ressemble à un lieu.

entre mes doigts l'odeur du sexe.
j'ai pensé à ne pas laver mes mains ce soir, et faire de cette fragrance le support de mes songes.
mais je suis une incorrigible conne, incapable de ne pas passer par le rituel du bain ; l'affaire s'annonce compliquée.
mon coeur hésite, tantôt soupire, puis dramatise ; choisir...
(le moment du bain est le seul moment où je peux percevoir et mesurer le temps qui passe)

mélancolie à la con, oui.
ce soir j'encule Baudelaire, étouffe Éluard, tarte Madame de Staël, je, je
je pourrais bien ne pas m'arrêter

assommez-moi. et baisez-moi pendant que je fais la morte. promis, je ne bouge plus. mais frappez plus fort : je ne veux pas en revenir. je ne veux plus penser.

mardi 20 novembre 2012

Encore dans le
métro
bondé.
s'accroupir et pleurer
ou encore
s'accroupir et lire
sans jamais plus en oublier
un mot

lire ou pleurer c'est à peu près la même chose.
à ceci près
que je décide d'ouvrir ce livre et c'est soudain comme si je
pouvais décider
de pleurer

"Réunis, chaque fois à jamais réunis, ta voix comble tes yeux comme l'écho comble le ciel du soir. Je descends vers les rivages de ton apparence. Que dis-tu ? Que tu n'as jamais cru être seule, que tu n'as pas rêvé depuis que je t'ai vue, que tu es comme une pierre que l'on casse pour avoir deux pierres plus belles que leur mère morte, que tu étais la femme d'hier et que tu es la femme d'aujourd'hui, qu'il n'y a pas à te consoler puisque tu t'es divisée pour être intacte à l'heure qu'il est."
 Éluard, La Vie immédiate
                                                        

samedi 17 novembre 2012

L'Habitude de l'été

Bien tôt réverbèrent les nuits.
J'aime marcher dans les rues
à cette heure où les réverbères
bientôt
s'allument

qu'il fait doux en ce lundi de mai

jeudi 15 novembre 2012

Way back home 
misère moderne

Etonnant. Et pas vraiment étonnant à la fois.
Je rentre, et j'espère qu'il me reste ce fond de martini au fond du placard, cette vision qui m'a accompagné way back home.
Cette même bouteille achetée au-cas-où il y a près d'un an et demi, lorsque je me suis installée rue L.
Pas d'évènement en particulier, pas de choc, pas de tremblement de terre émotionnel, rien de tout cela.
Rien qu'une longue journée, une longue semaine qui s'étend sans limite de durée semble-t-il, tandis
qu'octobre a déjà connu ses dernières heures,
à nouveau l'appétit se fait oublier,
le corps veut s'oublier,
et se mettre uniquement au service du reste. Le reste, oui.
Ecrire.
Duras a écrit un livre comme ça. Je l'ai peut-être lu. Je ne sais plus.
Tout a déjà été fait - c'est là le drame, le drame indispensable à tout début. Il y aura toujours eu quelque chose avant. Avant soi.
La dernière fois - et la seule - où j'ai fini une bouteille de martini remonte à près de dix ans.
Après, après alors seulement, j'avais décidé de mourir.
Le martini avait donné un peu de douceur aux poudres de médicament amères, croquées, avalées, absorbées ; le goût du sud, du vin cuit, de l'enfance au milieu de la pinède.


Pas de martini rouge, donc.

A défaut je me suis préparé un sirop-de-citron-vert-eau-du-robinet, comme du temps où il faisait chaud. Il y a si longtemps déjà; une éternité.
Après avoir
allumé l'ordinateur
dans l'appartement plongé dans cette heure
d'hiver irrémédiable, comme un point de non-retour,
ôté les chaussures pour arrêter le tac-tac-tac des talons que je me contrains à porter (si je ne fais plus de bruit, je disparais),
j'ai d'un geste simple refermé l'ordinateur
et dans le noir de la ville
j'ai écrit


mardi 13 novembre 2012

De nuit

j'aimerais vous rencontrer
si jamais
vous qui n'êtes jamais au bout du quai,
quand je rentre fatiguée et heureuse
d'un voyage lointain mais cependant trop court
cependant que Chopin
chopine accoudé dans un coin de gare
si jamais
quand revenant toujours je pose sur mes yeux des valises bien lourdes
j'ai le sommeil du désespoir
et l'amour dégueulasse

dans cette gare
d'aucuns reconnaitront ce pays hors d'age
si jamais
Austerlitz mon amour


lundi 12 novembre 2012

Je dois me réveiller d'un court sommeil ; à travers la vitre Securit se dessine la forêt dans sa décomposition d'automne, se rhabillant pour l'hiver imminent ; parures légères faites d'ocres et de verts tardifs, laissant déjà découvrir son squelette de branches silencieuses.

Où se rendent donc chacun de ces voyageurs immobiles du lundi après-midi ?

Dans la rumeur sourde du train numéro 3344, voiture (x), siège (y), un homme passe le chapeau à la main, et cherche visiblement à prendre place, balayant un horizon incertain.
Je me plais à penser qu'il est monté dans le train en marche, au milieu de la vallée.

(à suivre)