jeudi 14 février 2013

saint-Antoine

je sais bien que tu t’éloignes.
laisse-moi encore un peu de temps,
le temps de faire semblant.
tes murs sont décrépis, laissent place à une ville que je ne connais pas, à un horizon décousu, à un ourlet de robe défait.
mon corps porte les stigmates de ton existence ;
il articule maladroitement sa raison d’être
crispe les chignons
émiette le discours
taille les crayons.

tu as disparu de mes rêves, emportant avec toi le souvenir improbable de mon père.
mon Faubourg, 
mon premier 
mon ultime amour
ma niche d’oubli
le sein qui m’a nourri
mon caillou blanc ma sieste calcaire mes jours poreux

mon lit consumé et injustifiable

probablement engloutis à jamais, de mes souvenirs étouffés
ne persiste qu’une vague odeur de brûlé


je tends l’oreille :

la crevasse continuera à déverser son flot continu d’histoire du monde 
en silence

mercredi 13 février 2013

Laisser la cafetière bouillir.
Laisser le Faubourg partir.



Puis,

il n'est jamais revenu.
Nous avons tous déjà entendu parler de ces hommes, de ces pères, partis acheter la baguette du matin, ou le tabac salvateur, partis sans faire de bruit, sans un pli, laissant derrière eux l'insupportable réalité où il leur était devenu impossible de s'inscrire, de se reconnaître.
Alors pourquoi ne pas faire plutôt l'amour au facteur, que l'on sait déjà engagé par ailleurs, jamais vraiment disponible, si ce n'est le temps de vous remettre un pli - contre signature ?

Il faudrait tous les jours épouser le facteur.