dimanche 15 mai 2016

Desiderata 

Il te rejoint sur les marches de l’église, quelques nuages sont venus voiler le soleil de mai.
Je peux m’asseoir ? Il dit ça pour détendre l’atmosphère, peut-être. Ou peut-être qu’il n’a juste pas compris que quelque chose avait fait un nœud, un nœud maladroit d’écolier, un nœud difficile à défaire.
Il faudrait reprendre les bases, s’appliquer, faire comme les grands – mais pourquoi diable faut-il faire comme les grands ? Pourquoi faudrait-il même faire semblant de faire comme les grands ?


Masque de Méduse


Je crois que ça a commencé sur l’Altiplano. Ce jour-là le temps s’est incrusté en toi comme jamais. Tu voulais marcher, marcher encore et encore, mais l’immensité t’ordonnait d’être un géant, alors tu t’es laissé porter par le vent qui passait par là. Tu es devenu cette pierre, ce caillou silencieux chargé de trop d’histoire. Le vent a continué à te faire rouler toujours plus vers le Sud. Il s’est chargé de parler pour toi, gorge sèche et cage thoracique devenues comme figées. Tu as roulé jusqu’aux rebords du monde, jusqu’à plus soif, jusqu’à ce que la Terre elle-même vienne à disparaître dans les quarantièmes rugissants, et d’un plongeon dans l’océan des cinquantièmes hurlants. Quelque chose devait hurler pour toi, quelque chose devait émaner de ton thorax pétrifié.
Tu es de ces hommes barrés de X, à la lisière du monde, 
le Mexique était un compromis impossible à accepter : tu veux t’étendre sans fin. 
Ne jamais t’éteindre, 
au diable les glaciers 
plus tu respires et plus tes poumons se chargent d’un froid impossible à oublier, tes alvéoles glacées en porteront désormais le témoignage éternel, 
le ciel t’a regardé et en te regardant 
il t’a pétrifié 
au moindre choc tu seras brisé en d’innombrables morceaux, impossibles à compter. Une petite pluie de cailloux viendra lentement tomber 
lentement sur le sol
comme une poussière de volcan
tephra, 
lapilli, 
cendres. Tu fertiliseras la terre, tu marches à présent sur la prairie verte de ton enfance. 
Ecoute ce silence qui murmure dans tes yeux lavés d’encre
car les mots sont comme ces roches intrusives qui fardent le repos éternel







Et mon cul, cet incessant printemps fragile.








mercredi 25 novembre 2015

Dentro da cidade
Klaus Kinski / Fitzcarraldo, 1982
Dentro do ônibus
Dentro dos meus olhos
a floresta
Na floresta entrou 
seu sorriso
iluminação
em contínuo
Dentro dos meus olhos
os seus olhos
Brilho
Você, estrela cadente
que sopra no meu rosto

Dentro dos meus sonhos
o seu canto
Dentro do meu encanto
seu sabor

Não preciso ouvir
Nem mesmo tocar
Apenas sentir

samedi 6 juin 2015

Via Villapizzone

C'est l'heure des montres suisses
à Milan
l'été se presse à la porte
d'embarquement.
Le repos : qu'en est-il ?

jeudi 10 avril 2014

Avril, Avril

Tu vois je marche sur cette avenue, ou peut-être est-ce un boulevard, je crois qu'il n'a pas de nom de toutes façons, je marche et le bitume est triste, je me reflète dedans, le soleil cherche à me réchauffer, j'ai eu froid toute la journée durant tu sais, mais comment s'appelle cette rue, merde, ce n'est écrit nulle part et c'est peut-être mieux ainsi, je sais qu'au bout il y a la ville et ça suffira bien, je vais me perdre dedans, une sieste éternelle et tranquille, je sens que je pourrais marcher très longtemps, doucement, prolonger un pas dans l'autre, dans un continuum sans fin, mes pas m'avaleraient, on dirait que c'est la fin du début, et pas l'inverse c'est du déjà-trop-vu, moi aussi, moi aussi j'arrive à la ville, j'arrive à la ville je n'y reviens pas c'est bien différent tu comprends à présent, ma ville à moi c'est un peu le Mexique, ça fait rêver parce qu'il y a un X dedans et que ça floute un peu le désir, les X comme ça au milieu des mots, j'ai connu un homme il y a des tas d'années, il était barré de X comme ça, torride et impossible à toucher, à saisir, mais pourquoi vouloir s'en saisir après tout, Avril, Avril, un trait de Xérès signe un désert éternel et tranquille, demain les châteaux d'Espagne, les montagnes de Serbie, les cailloux de l'Altiplano, et puis toujours, au loin et pour seul horizon, le Mexique des grands hommes qui n'ont rien compris, mais pourquoi vouloir comprendre après tout me dis-tu — parce que tu parles à présent, tu t'invites, viens, on ira au Mexique, y'a des hommes-cactus là-bas, des filles à l'aloé, des sourires qui barrent la lisière du désert, et puis des cailloux, des cailloux à perte de vue, tu verras, je les transformerai en pain si tu as faim, viens — viens

samedi 8 mars 2014

lundi 17 février 2014

mardi 4 février 2014

ça devait arriver.
Quelques instants plus tôt je me réjouissais en comprenant que les jours, décidément, s’allongent. Le ciel était alors baigné de rose, printemps précoce, jardin nouveau, espoir, tralala.
Puis,
descendant la pente raide de la petite rue L., glissant au préalable un pli dans la boîte aux lettres de quartier (tout relève du miracle dans ces moments-là), je pousse la porte du boulanger - ah, une tradition, et pas trop cuite, la meilleure du tout-Paris-sans-aucun-doute, un-euro-dix apparait comme par magie dans ma main, la boulangère me sourit, elle ressemble aux jours heureux elle aussi, bonsoir - bonsoir, mais je vous tiens la porte Monsieur... sur cette même porte encore un billet maladroitement écrit, presque un poème, attentive je lis : votre boulangerie sera fermée du 17 février au 3 mars. Motif : travaux. Merci de votre compréhension.

Parce que c’est toujours ainsi, j’ai machinalement mangé le crouton - me brûlant les doigts au passage, évidemment - chemin faisant le coeur étrangement lourd, pour finalement accélérer le pas lorsque je compris que les larmes montaient à gros bouillons.

dimanche 19 janvier 2014

La nuit tombe toujours un peu trop tôt. 


- bonsoir...
- bonsoir.
- tu sens l’alcool.
- oui, j’ai bu un martini rouge.
- tu en prendrais un deuxième ?
- peut-être.
- (prenant place) pourquoi c’est si dur une histoire qui n’a jamais commencé ?
- (silence)
- parce qu’étonnement, j’ai le coeur brisé. 
- (petite lueur au fond des yeux, ou les yeux qui fondent, je ne sais pas)
- tu me crois ?
- je ne sais pas.
- j’aurais préféré que tu gardes le silence. Après tout, je ne fais que rentrer à la maison et, tout en marchant, j’invente notre conversation, et tu devrais ne rien dire ; car si tu parles, tout s’évanouit. tu vois bien.
- alors on recommence depuis le début. tu marches, tu vois au loin les lumières du bar qui se rapprochent au fur et à mesure, tu ne penses qu’au son qui retentit à chaque pas ; plus tu t’approches, plus tu ralentis. Tu passes tout doucement devant le bar. c’est très exactement le moment où je tourne les talons, je rentre à l’intérieur, je vaque à mes occupations tu comprends, tu me vois, moi je ne te vois pas. c’est là le drame ; hier encore nous nous serions fatalement croisés. mais ça c’était hier. depuis, il n’y a que des bruits de talons, comme suspendus. c’est tout comme si tu avais toujours marché. c’est un peu triste, je te l’accorde. mais tu ne sais rien de moi après tout. tu n’as que ta tristesse pour seul témoin. peut-être même que tu as rêvé. et à présent tu te demandes si les rêves peuvent rendre aussi triste. peut-être. tes rêves à toi ressemblent à un dimanche. hier encore tu aimais ça. la tristesse est peut-être devenue ta nouvelle fatalité, mais ça n'est que ta dernière idée à la mode ; tu t’habilleras en noir ou de la couleur de l'anthracite, à tel point qu’on ne distinguera plus rien dans la nuit, si ce n’est tes joues rosies par le froid. et puis un jour tu finiras par retrouver le sommeil. tout redeviendra plus fluide. j’aurais disparu. envolé, mouettes, Dieppe. toi, tu marcheras probablement encore, mais probablement ailleurs.

jeudi 19 décembre 2013





Soupir (nom masculin) :

colonne d'air bénéfique remontant le long de l'œsophage.






dimanche 8 décembre 2013

Ceci ne peut pas être mon corps.


la journée touche à sa fin. je ne me souviens plus de la couleur du ciel. des pavés. parfois je crois sentir l’odeur du pain émanant de la boulangerie, j'ai faim. Traverser la petite place, jeter un regard complice vers l’église, observer que quelques feuilles restent accrochées aux arbres. Le bruit des talons, comme un lointain souvenir. Est-ce que tout cela a vraiment existé ?

mardi 19 novembre 2013

8 novembre - 19 novembre
Porte des Lilas, Porte des Engloutis,
Porte des Lilas : c'est tout comme si j'avais toujours attendu.
Le bus ne passera pas, me laissant congelée et songeuse.
Voilà une carte postale qu'il faudrait dessiner plutôt qu'écrire :
sur la tête, vissé comme un écrou, le béret des dieux
et sous mon bras, plus jamais de demi-baguette.
Faut-il en déduire que je mangerai du pain rassis jusqu'à la fin de mes jours ?

J'ai la goutte au nez, mais seulement parce qu'il fait froid.

jeudi 17 octobre 2013

R
  Ê
    V
      E


peut-être un jour ferais-je escale.
après avoir réduit la grand voile
et m'en faisant un linceul 
je pourrais m'étendre, tranquille
baignée de soleil

A la fin, c'est un peu triste,
mais enfin
je ne ferai plus qu'un





à S-C, l''éternel

mercredi 18 septembre 2013

dimanche 25 août 2013

L'eau qui commence à frémir dans une complainte sourde indique que c'est bientôt l'heure du thé.
Il se pourrait bien que nous soyons au mois de mars, à la veille de la Toussaint, que la nuit soit sur le point de tomber ou encore que le jour se lève.
Minute se décide à faire une soupe. Mais il lui manque les poireaux ; « pas la saison » lui répond le maraîcher.
Minute allume la télévision : même Michel Drucker n'est pas au rendez-vous. Minute serait-elle en retard ou - pire encore - en avance ? Des dimanches comme celui-ci, elle en a connu tant d'autres.
Des dimanches à cinéma.
Elle se rend place de Clichy, au Cinéma des Cinéastes.
Instantanément le rond-point de la place est envahi de klaxons, foule immobile encastrée dans les automobiles. La pluie est venue, implacable, sonner la fin des vacances, comme pour ne rien regretter. Minute cherche un visage familier parmi les ex-aoûtiens, dont celui de Michel D. Il a dû prendre un autre itinéraire pour rentrer.
Au Cinéma des Cinéastes le temps est long avant la prochaine projection.
Elle s'attable au petit café attenant.
Il n'y a pas de soupe de poireaux au menu, et le temps de la bière-pression est à présent révolu.
« Un porto alors, tinto » commande-t-elle.
« Je vous préviens, il est à température » répond le barman.
C'est comme ça que Minute l'épousa sur-le-champ, sous le regard médusé des ouvreuses qui jusque là s'ennuyaient fort.
Récompense méritée pour notre chère Minute, elle qui avait veillé sur la ville endormie, et chaude, en votre absence.

dimanche 18 août 2013

samedi 3 août 2013

-ORY-CDG-OPO-FRA-CCS-AJA-ORY-CDG-
Moi, tu me dis que tu pars quelque part, c'est bien normal après tout, tu es un peu juilletiste un peu aoûtien, tandis que moi je reste ici je ne bouge pas bientôt la fille du boulanger elle aussi inscrira maladroitement sur la vitrine en vacances, moi je ne ferme pas boutique, je t'emmène, je t'emmène sinon comment veux-tu partir, chargé comme une mule, tes rêves d'ailleurs pèsent aussi lourd que tes paupières d'hiver fatigué, moi je te cerne, je cerne les contours de l'habitude, je reste, je bouge à peine si ce n'est que je t'emmène,
Paris-Orly,Orly-Paris, Paris-Roissy,Roissy-Paris, des virgules comme autant de respirations, moi sur la route les lignes blanches ne s'interrompent pas, elles m'hypnotisent,Paris-bye-bye-bonjour-Paris,tu vas à Ajaccio, à Caracas via Frankfort, tu reviens, Porto finalement c'est pas si loin, dis, tu viens ?
non, moi je reste, je fais semblant de t'attendre, dans ton battement de cils de vacances tu penseras que je t'attends, Paris comme si le temps se figeait le temps des vacances des autres, Paris dormirait et n'aurait plus de réverbères, on économiserait les feux signalétiques, on ferait mine de,
moi pendant que tu rêves,
je regarde Paris dormir,
je te raconterai c'est beau

dimanche 21 juillet 2013

Recette d'été
- avec fenêtre sur cour

Bien choisir un linge, délicat ;
sous un mince filet d'eau glacée
laisser couler
puis
du bout des doigts
presser quelques bulles de savon

méditer

laisser goutter

vendredi 19 juillet 2013

Porte des Lilas, 20h15.
L'autobus à trois chiffres décélère 
au fur et à mesure qu'il 
approche de la frontière, 
se fondant dans la masse des 
automobiles les pots d'échappement 
trépignant d'impatience

Tandis qu'au même moment
les rues se vident, l'inévitable 
hors-saison parisienne s'ouvre : 
les vitrines des magasins annoncent déjà 
la fin du monde, affichant en toutes lettres 
bien visibles 
"soldes, derniers jours".
Bientôt il n'y aura plus rien à revendre. 
Pas une âme, 
pas un souffle d'air  
- et Paris capitale du silence, 
des exilés immobiles, 
torpeur des faubourgs, 
le temps suspendu à un réverbère - une étoile ?



mardi 16 juillet 2013

Après avoir mené une vie exemplaire,
sur près de trente-trois ans,
s'illustrant dans le métro-boulot-dodo-urbain,
après avoir baisé, ici et là,
Minute se décidait à s'installer ailleurs,
un ailleurs qu'elle pouvait nommer, comme on baptise un enfant pour le reconnaître parmi les autres.
Là, une nouvelle correspondance voit le jour ; et, loin de l'immédiateté des choses, elles écrit, appose un timbre-poste léché, puis attend en retour, retrouvant le bon goût du temps qui passe comme lorsqu'elle était gamine.

dimanche 14 juillet 2013

C'est l'histoire de cet homme qui, marchant dans la rue, se rend dans une librairie, fonce tout droit vers le rayon des livres d'occasion, cherche un ouvrage au hasard et commence sa lecture. Selon que le temps presse, ou qu'au contraire l'heure de fermeture du magasin approche, il referme son livre, le repose au même endroit, et retourne à son quotidien (travail, histoires d'amour, courses, cinéma, ennui,...).
Demain, il croisera probablement une autre librairie, filera tout de go vers les seconde-main, et cherchera nerveusement le même ouvrage ; déçu, il retournera ses talons, retrouvant une vie pleine d'ennui.
Et-ainsi-de-suite.
Jusqu'à ce jour où l'occasion lui sera donnée de croiser une nouvelle librairie, dans un tout autre quartier. Avec un peu de chance - ou un peu de persévérance, ça, l'histoire de ne le précise pas - il finira par retomber le nez dedans, poursuivra enfin sa lecture (page 18, là-même où il s'était arrêté il y a quelques temps) et un jour, chemin faisant, il achèvera la lecture d'un livre de seconde-main.
Cet homme est un obsédé.
Je l'ai croisé, un jour,
et depuis
je le suis à travers les rues de la ville.

mardi 9 juillet 2013

La rose à la criée.
- un voile est passé sur ses yeux.
Le sol comme un astre jonché de fleurs décapitées.
Un peu plus tôt, là,
dans l'intimité du parvis désert,
des hommes venus de loin se sont battus avec
les invendus du jour.
De leurs poches retournées, la recette du jour continue encore à creuser des rêves ruisselants d'impossibilité.

lundi 8 juillet 2013

La nuit tombe et tout le monde s'en fout.
Il faut rentrer, vite, semble hurler la foule des passants, sans un bruit.
Le bus est arrivé à son terminus.
Le chauffeur est descendu, abandonnant le véhicule - les enfants ne sont pas arrivés à destination, il faut faire demi-tour, reprendre la route.
Il est trop dangereux de faire machine arrière, alors, prenant la place du machiniste, elle se rend compte qu'il s'agit d'une impasse.
Descendre, marcher, longtemps. Les enfants doivent être restitués à leurs parents, cartable au dos.
Elle a connu ces enfants autrefois.
Elle les a si bien connu qu'ils ont fini par prendre les traits de son visage, ses expressions, manger dans le creux de ses souvenirs.
Ils sont si bruns. Si beaux.


vendredi 31 mai 2013

Ce matin je me sens belle.
Belle et ordonnée.
Pourtant, mes cheveux sont gras.

jeudi 30 mai 2013

en faisant la vaisselle, ce soir
(car je déteste me coucher sans que cela ne soit fait)
j'ai pensé, avec douceur, et le sourire aux lèvres,
ceci :

cette vie
porte déjà en elle 
plusieurs vies

et dans chacune d'entre elles
je vous ai croisé

jeudi 23 mai 2013

jeudi 14 février 2013

saint-Antoine

je sais bien que tu t’éloignes.
laisse-moi encore un peu de temps,
le temps de faire semblant.
tes murs sont décrépis, laissent place à une ville que je ne connais pas, à un horizon décousu, à un ourlet de robe défait.
mon corps porte les stigmates de ton existence ;
il articule maladroitement sa raison d’être
crispe les chignons
émiette le discours
taille les crayons.

tu as disparu de mes rêves, emportant avec toi le souvenir improbable de mon père.
mon Faubourg, 
mon premier 
mon ultime amour
ma niche d’oubli
le sein qui m’a nourri
mon caillou blanc ma sieste calcaire mes jours poreux

mon lit consumé et injustifiable

probablement engloutis à jamais, de mes souvenirs étouffés
ne persiste qu’une vague odeur de brûlé


je tends l’oreille :

la crevasse continuera à déverser son flot continu d’histoire du monde 
en silence

mercredi 13 février 2013

Laisser la cafetière bouillir.
Laisser le Faubourg partir.



Puis,

il n'est jamais revenu.
Nous avons tous déjà entendu parler de ces hommes, de ces pères, partis acheter la baguette du matin, ou le tabac salvateur, partis sans faire de bruit, sans un pli, laissant derrière eux l'insupportable réalité où il leur était devenu impossible de s'inscrire, de se reconnaître.
Alors pourquoi ne pas faire plutôt l'amour au facteur, que l'on sait déjà engagé par ailleurs, jamais vraiment disponible, si ce n'est le temps de vous remettre un pli - contre signature ?

Il faudrait tous les jours épouser le facteur.

dimanche 13 janvier 2013


je suis 
affamée je trompe 
la faim par 
des mots 
et un peu 
de thé

mardi 1 janvier 2013

Treize

En ce premier de l'an,
cependant que mon cul
doucement
gèle sur la pierre d'éternité
la nuit d'hiver approchant
à pas-de-vous
baignent les marbres aux alentours de sa
lumière rose
pâle ;

Tout est devenu rose : joues, doigts, nez.
Et mon cul
comme un printemps fragile,

attend l'amour.
l'amour souvent a du retard.


samedi 8 décembre 2012


Sur la place de la Bourse la nuit était tombée depuis je ne sais quand laissant derrière elle quelques plumes accrochées au sol, congelées et silencieuses, incapables de prendre leur envol.
j'ai froid.
la journée a été difficile. elle ressemble pourtant à tant d'autres. alors pourquoi celle-là, pourquoi maintenant ; c'est le genre de choses qui doivent arriver.
vous me demandez : que s'est-il passé 
je crois qu'il ne s'est rien passé. 

quand je marche, j'écris. qu'en reste-t-il ?
le métro m'emporte déjà.
quand il faisait encore jour, j'ai prié pour apercevoir un visage familier.
inexorablement la réalité ne m'apporte rien que je puisse attendre

mardi 27 novembre 2012

Tous les matins, jours ouvrés.
Elle est là, cette dame hors d'âge, assise à la même table. Le week end je ne sais pas. Généralement je dors. Il n'y a que le travail qui puisse me forcer à me lever ainsi, me contraindre à ce point, et me priver de ma liberté.
Echappée. 
Ce matin, pour la première fois - et je sais pourquoi - je me suis dis que je devrais prendre le temps de m'arrêter. Lui demander pourquoi, tous les matins, elle est là.
Café, tartine jus d'orange. Les mots fléchés du seul quotidien disponible.
Madame, pourquoi êtes-vous là tous les matins ? Mais je suis déjà dans le métro, les larmes me montent aux yeux.
Là, assise sur un strapontin qui menace de céder, je pleure à l'idée que j'ai peut-être pris du poids - oui, encore, et que la dame du matin s'éteindra probablement sans qu'aucun souvenir de sa vie ne me soit conté.

dimanche 25 novembre 2012

48° 52' 7.96'', 2° 23' 9.52''
ça ressemble à une journée qui n'a pas existé.
ça ressemble à un jour férié.
un drame s'est déroulé. mais c'était un jour férié.
alors le drame n'a pas eu lieu.
ça ressemble à un lieu.

entre mes doigts l'odeur du sexe.
j'ai pensé à ne pas laver mes mains ce soir, et faire de cette fragrance le support de mes songes.
mais je suis une incorrigible conne, incapable de ne pas passer par le rituel du bain ; l'affaire s'annonce compliquée.
mon coeur hésite, tantôt soupire, puis dramatise ; choisir...
(le moment du bain est le seul moment où je peux percevoir et mesurer le temps qui passe)

mélancolie à la con, oui.
ce soir j'encule Baudelaire, étouffe Éluard, tarte Madame de Staël, je, je
je pourrais bien ne pas m'arrêter

assommez-moi. et baisez-moi pendant que je fais la morte. promis, je ne bouge plus. mais frappez plus fort : je ne veux pas en revenir. je ne veux plus penser.

mardi 20 novembre 2012

Encore dans le
métro
bondé.
s'accroupir et pleurer
ou encore
s'accroupir et lire
sans jamais plus en oublier
un mot

lire ou pleurer c'est à peu près la même chose.
à ceci près
que je décide d'ouvrir ce livre et c'est soudain comme si je
pouvais décider
de pleurer

"Réunis, chaque fois à jamais réunis, ta voix comble tes yeux comme l'écho comble le ciel du soir. Je descends vers les rivages de ton apparence. Que dis-tu ? Que tu n'as jamais cru être seule, que tu n'as pas rêvé depuis que je t'ai vue, que tu es comme une pierre que l'on casse pour avoir deux pierres plus belles que leur mère morte, que tu étais la femme d'hier et que tu es la femme d'aujourd'hui, qu'il n'y a pas à te consoler puisque tu t'es divisée pour être intacte à l'heure qu'il est."
 Éluard, La Vie immédiate
                                                        

samedi 17 novembre 2012

L'Habitude de l'été

Bien tôt réverbèrent les nuits.
J'aime marcher dans les rues
à cette heure où les réverbères
bientôt
s'allument

qu'il fait doux en ce lundi de mai

jeudi 15 novembre 2012

Way back home 
misère moderne

Etonnant. Et pas vraiment étonnant à la fois.
Je rentre, et j'espère qu'il me reste ce fond de martini au fond du placard, cette vision qui m'a accompagné way back home.
Cette même bouteille achetée au-cas-où il y a près d'un an et demi, lorsque je me suis installée rue L.
Pas d'évènement en particulier, pas de choc, pas de tremblement de terre émotionnel, rien de tout cela.
Rien qu'une longue journée, une longue semaine qui s'étend sans limite de durée semble-t-il, tandis
qu'octobre a déjà connu ses dernières heures,
à nouveau l'appétit se fait oublier,
le corps veut s'oublier,
et se mettre uniquement au service du reste. Le reste, oui.
Ecrire.
Duras a écrit un livre comme ça. Je l'ai peut-être lu. Je ne sais plus.
Tout a déjà été fait - c'est là le drame, le drame indispensable à tout début. Il y aura toujours eu quelque chose avant. Avant soi.
La dernière fois - et la seule - où j'ai fini une bouteille de martini remonte à près de dix ans.
Après, après alors seulement, j'avais décidé de mourir.
Le martini avait donné un peu de douceur aux poudres de médicament amères, croquées, avalées, absorbées ; le goût du sud, du vin cuit, de l'enfance au milieu de la pinède.


Pas de martini rouge, donc.

A défaut je me suis préparé un sirop-de-citron-vert-eau-du-robinet, comme du temps où il faisait chaud. Il y a si longtemps déjà; une éternité.
Après avoir
allumé l'ordinateur
dans l'appartement plongé dans cette heure
d'hiver irrémédiable, comme un point de non-retour,
ôté les chaussures pour arrêter le tac-tac-tac des talons que je me contrains à porter (si je ne fais plus de bruit, je disparais),
j'ai d'un geste simple refermé l'ordinateur
et dans le noir de la ville
j'ai écrit


mardi 13 novembre 2012

De nuit

j'aimerais vous rencontrer
si jamais
vous qui n'êtes jamais au bout du quai,
quand je rentre fatiguée et heureuse
d'un voyage lointain mais cependant trop court
cependant que Chopin
chopine accoudé dans un coin de gare
si jamais
quand revenant toujours je pose sur mes yeux des valises bien lourdes
j'ai le sommeil du désespoir
et l'amour dégueulasse

dans cette gare
d'aucuns reconnaitront ce pays hors d'age
si jamais
Austerlitz mon amour


lundi 12 novembre 2012

Je dois me réveiller d'un court sommeil ; à travers la vitre Securit se dessine la forêt dans sa décomposition d'automne, se rhabillant pour l'hiver imminent ; parures légères faites d'ocres et de verts tardifs, laissant déjà découvrir son squelette de branches silencieuses.

Où se rendent donc chacun de ces voyageurs immobiles du lundi après-midi ?

Dans la rumeur sourde du train numéro 3344, voiture (x), siège (y), un homme passe le chapeau à la main, et cherche visiblement à prendre place, balayant un horizon incertain.
Je me plais à penser qu'il est monté dans le train en marche, au milieu de la vallée.

(à suivre)

jeudi 25 octobre 2012

bus n°64

je me souviens du présent et
je me souviens encore
de ce qui est à venir

mardi 16 octobre 2012



Octobre avance
à pas feutrés sur les murs et
les pavés
tard
tard il est déjà tard
Le Taj Mahal s'illumine quelque
part
rue Saint-Augustin
au menu du soir

samedi 8 septembre 2012

"... et qu'avez-vous fait ?
vous avez rêvé pendant ce temps-là ?
de quoi avez-vous rêvé ?
dites-moi tout, car je ne peux supporter
de ne pas tout savoir"


"au risque de vous décevoir, je n'ai pas rêvé.
mais peut-être seriez-vous heureux d'apprendre
que si j'avais rêvé (et si j'avais le choix)
j'aurais rêvé d'un train,
un train qui semble n'avoir ni début ni fin,
(il ne faut d'ailleurs pas chercher à le savoir).

Voilà. nous avons là le début de notre histoire.
il y a train. un train sans début, ni fin.
on pourrait y ajouter un peu de bruit (le crissement des rails, les cahots des wagons) et peu de paysage (tantôt beau, tantôt plat et ennuyeux). Un train donc, filant invisible comme le vent, se faufilant de vallée en vallée.
Puis après avoir décrit tout cela, faire intervenir discrètement une présence humaine : le cri d'une veste froissée, la nuit qui tombe, des jambes croisées.


jeudi 6 septembre 2012

Photo ©Fabléa 2012
Maman debout. Jamais assise.

Petite,
ma mère travaillait beaucoup.
un travail pénible, physique, souvent humiliant.
elle a traversé mon enfance comme on traverse un couloir inutile.
je la voyais peu.



le matin, elle était déjà partie depuis fort longtemps : le réveil sonnait avant cinq heures du matin.
Le soir dans mon lit plongée dans le noir j'attendais d'entendre la clef tourner dans la serrure, signal de son retour.
elle ouvrait alors discrètement la porte de ma chambre d'enfant-roi, un geste rituel après lequel seulement je pouvais enfin m'endormir.
c'est peut-être ainsi que j'ai commencé à faire des économies de sommeil.

à neuf ou dix ans, il m'était devenu tellement insupportable de ne la voir en permanence debout, comme un fantôme qui ne peut trouver le repos, éternellement envahie par les obligations du quotidien (cuisine, messe, vaisselle, courses, ...) - ne sachant plus même passer un seul coup de fil assise, si ce n'est une demie-fesse de temps à autres sur le rebord de la baignoire vide (quelle belle image triste) - je décidais de lui faire gagner du temps.

je l'avais tant de fois regardée faire.
ouvrir la planche à repasser dans un grincement insupportable,
y poser doucement le fer lourd,
le brancher dans la prise électrique,
allumer doucement le poste de radio,
prendre le tas de vêtements froissés.

en choisir un pas trop compliqué pour commencer.

et puis, il y a eu les culottes. car maman repassait tout.
et puis, il y a eu cette culotte-là.
la plus belle, la plus précieuse, faite de dentelle ajourée par endroits.

c'était lui rendre hommage. je pouvais rendre ma mère belle d'un geste simple, précis, aimant.
j'imaginais déjà son air ravi, refermant la porte de ma chambre tard, moi faisant semblant de dormir, moi esquissant ce petit sourire simple de contentement, la joie, oui, une joie indescriptible m'envahit tandis que je découvrais, presque simultanément,  que la culotte était de soie, soie qui avait fondu sur les rebords du fer à repasser, plus légère que jamais, réduite à rien.

maman ne m'a pas disputée.
moi j'ai beaucoup pleuré, violemment,
car ce jour-là j'ai tué l'unique culotte sexy de ma mère.

dimanche 2 septembre 2012

Gobi

passer la journée à moitié nue
le corps tendu et léger comme un voile
se rendormir encore et revenir sans cesse à la surface
horloge dont la mécanique s'est enrayée
à l'origine, un grain de sable
d'une provenance lointaine
et parfumée
rien ne se meut autour, rien que de l'air
j'ai la gueule d'amour
amour invisible et désordonné

faire de cet espace parisien un horizon sans fin
un appétit qui se gratte à chaque recoin
j'ai fait tant rêves cette nuit qu'il m'est impossible de les raconter
- le récit en serait tellement long
qu'il finirait par vous perdre
ou vous ennuyer

mercredi 22 août 2012

Laisser le métro bondé passer.
poursuivre sa lecture.
Autant que possible
se rouler en boule sur le quai.

mardi 21 août 2012

--
obsession ridicule.
on ne jette pas une clef bon sang.
on la perd.


(rengaine pour un chaos sur 21 mètres carrés)


--

lundi 20 août 2012

la nuit dernière nue
les draps emmêlés le sommeil impossible
je suis descendue de mon lit, comme l'homme descendant du singe
- me ramenant à ma condition
de petit esprit
de mémoire d'oignon

là j'ai pleuré la mort de cet homme
qui
une dizaine d'années plus tôt
m'avait donné la clef de sa maison


je ne me souviens pas de la première fois où nous nous sommes embrassés
je ne me souviens pas comment nous avons cessé de nous voir

je me souviens du carpaccio quotidien, commandé au café d'en-dessous
nous étions comme au-dessus de la mêlée
chatte ronronnante douée d'un appétit d'oiseau
et sa gueule d'ange et ses lèvres épaisses dans un corps émacié
ses récits d'enfance
des chemins de fer qui se sont alors dessinés



alors peut-être,
peut-être
n'a-t-il pas vraiment existé

samedi 11 août 2012

Epinglé dans les petites annonces du Démocrate Mondain, 8 juin 1983 :

" ECHANGE COUPE DE CHEVEUX CONTRE HISTOIRE DRÔLE (OU TRISTE) "

samedi 14 juillet 2012

Will-i-am

J'ai connu Marcel il y a quelques années.
Marcel dormait alors sous le flipper du café du Soleil, en chien de fusil.

Marcel voulait que je danse.
Il aimait me voir danser et plus encore, il aimait que les gens me regardent danser.
Je me souviens du regard de l'assistance, des hommes radoteurs et fatigués, ivres ou sur le point de l'être  - leurs yeux dans mon dos, glissant le long de la colonne sinueuse de ma scoliose d'enfant, et chuter entre mes reins...
Marcel voulait que je danse.
Et moi je dansais pour Marcel.


dimanche 8 juillet 2012

minutes

Je sais que dans quelques années, le dimanche lourd et pesant comme aujourd'hui, je repenserai à cet instant précis où, face à la boîte aux lettres vide, je suis heureuse.
NY, 2000
De même, lorsque émane le souvenir éclatant du petit 2-pièces du Faubourg, à ceci près que je n'avais pas de boîte aux lettres, mais qu'il me fallait accorder ma confiance à la concierge.
    j'ai au travers des années inlassablement repeint les murs de tous les lieux où j'ai vécu. Le temps qui passe donne à la mémoire de l'éclat, éclat difficile à percevoir au moment où, précisément, il semble se soustraire au regard. De chacun de ces murs exhale intro-rétrospectivement une certaine joie, et, au demeurant, je sais aujourd'hui que je balade avec moi encore le même sentiment de liberté, comme un mouchoir usé et oublié dans la poche, qui dérange et ordonne tout à la fois.

 Je sais que dans quelques années je repenserai à ce quartier, aux ruelles sales autour de Notre-Dame de la Croix, aux pigeons endormis sur les marches de l'église à l'heure où ne courent que les nuages, à ma liberté d'aujourd'hui, au clocher qui hurle sa messe, au mois de juillet paisible et au linge bientôt propre dans un cycle de 45 minutes.
Quarante-cinq minutes. Pas une de plus.

samedi 30 juin 2012

peut-on vraiment quitter sa famille
au point de se noyer dans la masse de l'inconnu

jeudi 14 juin 2012

je suis
(roulements de tambour)
toutes ces cartes postales que
je n'ai jamais affranchies


dimanche 29 avril 2012

Re :


Paris souffle
sur les siestes froissées
à l'ombre des nuages filant
les uns après les autres
le dimanche pressé
le soleil aveugle
un instant
déjà oublié
nul ne l'emportera
au Paradigme

samedi 14 avril 2012

avril
je veux dormir fatiguée
les yeux ouverts
la bouche pincée
la mer à boire.

mardi 10 avril 2012

le mot du jour

coupez-moi un bon morceau
un morceau dans la hampe
oui, comme ça, s'il vous plaît.
oui
- et avec ça
avec ça sera tout.

lundi 9 avril 2012

mon père (est-ce bien ainsi que cela s'écrit?)
mon père ce grand homme
est parti
sa mémoire avant lui

le journal du matin endormi
comme un poisson-qui-bouge
a glissé d'entre ses doigts

le son de sa voix est parti
avec lui



Au vieux monsieur inconnu d'aujourd'hui
avec vue sur jardinet

lundi 26 mars 2012

heure d'été
C'est tout comme si quelqu'un venait frapper à ma porte
c'est tout comme si je répondais
"je ne suis pas là"

vendredi 16 mars 2012

mardi 13 mars 2012


tandis que je m'éloigne
(ça pourrait être Bahia,
ou Xiros
pourvu que ce soit le Sud)


Largo das Portas do Sol
(littéralement, Place des Portes du Soleil)
- une virée hasardeuse et heureuse en tramway, attrapé au vol, m'a fait dévaler puis remonter quelques collines... un café court et fort, accompagné d'une eau pétillante dont les bulles s'écrasent comme autant de petit cailloux
je crois être encore endormie, les yeux mi-clos, après un réveil catastrophique


(je ne sais plus quel jour nous sommes, ni l'heure qu'il est)...
Est-ce la fatigue accumulée / trop de vacances
ou est-ce cette ville qui vous laisse perpétuellement entre la nuit et le jour

Plus probablement, je fais semblant de dormir...


lundi 12 mars 2012

j'aime les dimanches
comme une idée de fin du monde
qui transpire dans une tasse de thé
alors je prends le temps de lire
et brode des îles qui n'ont jamais existé

dimanche 11 mars 2012

analepse

à Porto, dans une très vieille librairie - a Livraria Lello - fuyant un soleil de plomb,
à l'heure où les gens siestent,
je déambule sans être pressée entre les rayons chargés d'ouvrages colorés...
le parquet craque doucement sous mes talons jusqu'à ce que
mes pas s'arrêtent au rayon Géographie (où personne ne va, cela va sans dire).
dans un silence bienheureux je feuillette agenouillée un ouvrage sur les différentes projections cartographiques jusqu'à ce que
cette quiétude soit interrompue par des pas, lents, au loin, des pas qui semblent se rapprocher, dans ma direction ...
silence, à nouveau.
je reconnais ces chaussures et
sans quitter ma position, ne lâchant pas l'ouvrage d'entre mes mains, il s'introduit dans ma bouche silencieuse, doucement, puis accélère le mouvement.
Au bout de quelques minutes (deux ou trois peut-être), un râle semble le secouer,
le temps se suspend
le temps se répand dans ma bouche, chaudement

puis il repart, comme il est arrivé, le parquet craque à nouveau,
dehors, la vie reprend

samedi 10 mars 2012

Une part de moi voudrait partir
l'autre continue continue à écrire
je n'ai pas le courage de la réalité semble-t-il
je ne suis bonne qu'à écrire

vendredi 9 mars 2012

Ici Paris commence
ou Paris a peut-être commencé hier, sur le tarmacadam humide d'Orly, tandis que l'avion patientait afin de pouvoir stationner
-moi, je n'y tenais plus, au son assourdissant et aigu du moteur ronronnant.
La loupiote indiquait : maintenir la ceinture attachée.
Tout est suspendu comme une illusion. Je sais que de vieilles habitudes m'attendront sur le tapis de bagages, porte 2.
Les fines gouttelettes de pluie viennent doucement s'écraser contre le hublot.

Ici
Paris commence
aussi
bousculée dans le métro, je ne dis rien, laisse faire, vous pouvez m'écraser la tête contre les rails, rouler dessus, c'est pareil.
C'est violent comme les gouttelettes, un peu plus tôt, s'écrasant contre le hublot.

Ici Paris commence
encore
mon tilleul est dégueulasse et le café crie
viennent s'écraser contre mes tempes les touktouktouk indigestes de la radio
bientôt 19h, la journée n'a déjà que trop duré sommeil court insomnie jetlag puissant tellement puissant ventre frigo vides temps long temps démesurément long

mercredi 29 février 2012


C'est toujours la même chose.
Braga (41°35' 00" N 8° 25' 00" W) est une jolie ville, avec quelques lieux d'intérêt (dixit le guide bleu Hachette, édition 1953, que je me trimbale pour les jolies cartes et descriptions périmées mais fort bien tournées, et qui me permet de part son format de déambuler dans les rues tout en donnant l'impression d'être simplement absorbée par la lecture d'un roman, et non pas de marcher dans les pas des touristes).
Braga, donc. Toujours, assurément, j'en arrive à la même conclusion : on en fait vite le tour, voire, on peut s'y ennuyer, vraiment, terriblement (c'est-à-dire ne rien pouvoir en retirer, ou presque).
Je me trouve dans le seul café ouvert sous les Arcades, haut lieu de passage du petit périmètre restreint du centre, devenu piéton il y a quelques années.
Je me souviens encore du brouhaha généré par les allées et venues de taxis élégants et bleu marine, entrecoupées par les vendeuses de sardines venues des banlieues autrefois campagne, tentant d'approcher le client avec douceur mais, le naturel revenant aussitôt, hurlant littéralement sur les passants (ce qui explique, d'après moi, l'origine du fado).
Gamine, j'observais les cireurs de chaussures -troublée et curieuse - qui, du haut de ma condition privilégiée d'enfant d'immigrés m'assenait de terribles coups de culpabilité, je me souviens bien, dans les tibias, là, directement où ça fait mal. Je ne sais pas si les cireurs viennent encore s'installer par ici, et si les hommes pressés ont depuis ce temps-là décidé, finalement, de cirer eux-mêmes leurs chaussures. "La Crise" .. peut-on entendre ici et là.
(Le lendemain, en pleine journée, j'ai pu constater qu'ils n'étaient pas là)

(...)
Quelques secondes sont passées, et pourtant comme une idée de temps suspendu, ou d'éternité, je ne sais plus ; tout cela finalement se ressemble. Je regarde vaguement autour de moi, la fontaine retient mon attention, elle s'excite au milieu de la place, là. Et là, précisément, un homme, un homme d'âge mûr comme on dit (c'est l'effet produit par les accents circonflexes répétés qui font de l'effet, j'en suis sûre) qui traverse la place rasant les arcades semble m'avoir entendue.
Il me regarde fixement, au même instant j'ai suivi son regard - celui-ci m'étant destiné, fatalement, nous nous sommes donc regardés.
Je le savais.
Je savais qu'à cet instant-là il allait faire demi-tour.
Je l'ai cherché.
A force d'écrire les choses, elles finissent par se réaliser.

Il s'est assis en face de moi. Il me regarde.
Il me fait penser à Gérard (bye-bye Gérard, etc)
Il ouvre et la bouche et dit

mardi 28 février 2012

Un peu plus tard encore, je descends le long des trottoirs usés ;

voici la ville Basse, celle que l'on aperçoit des hauteurs avec l'impression (justifiée, donc) de ne jamais pouvoir l'atteindre. Ribeira, comme on l'appelle ici. Une idée de rivage civilisé et antique émane de ce mot. Ribeira.

Je voudrais qu'un homme vienne s'asseoir à la table où je viens de finir mon café et, me gâchant la perspective (car il m'arrive de relever la tête quittant ce carnet ou ce livre épais que je traîne partout avec moi, comme un pavé arraché à l'un de ces trottoirs, foulés un peu plus haut) .. que cet homme, donc, cet inconnu, commence à me parler. De quoi me parle-t-il, ça je m'en fous.

Il monte (dans ma chambre d'hôtel) comme le vigile un peu plus tôt dans la matinée (ce dernier ayant repris sa journée de travail à 13h, je dois bien poursuivre mon affaire).
Il a un membre épais et court, à l'image de la silhouette trapue des hommes d'ici (non pas ceux des villes, mais ceux des faubourgs etc). Il me fait l'amour, pour commencer ; il me baise ensuite, de face, en pleine face aussi tiens, tandis que mes mains s'aventurent sous mon ventre, recueillant une brume semblable aux matins de Porto.
Bien sûr, l'homme-perspective ne reste pas.
Treize heures et des poussières, février n'en fini pas de m'achever. En douceur.

Plus tard, table ensoleillée, dans le quartier des Clérigos. Mon premier verre de vinho verde.
Sur mon lit d'hôtel, j'ai laissé Résurrection de Sà-Carneiro, acheté ce matin.
Les premières heures de fatigue accumulée - mêlée de cette crainte d'aller et venir seule dans cette ville que je connais, et que je ne connais pourtant pas (où en définitive je me perds encore) - commencent à laisser place au temps distendu et élastique, caractéristique du voyage (ou du repos, c'est à peu de choses près des voisins de palier). C'est cela voyager, je crois : se laisser le temps de se perdre...
parler aux inconnus, aussi.
Obtenir une sacrée ristourne pour le parking après une heure de conversation (la pluie, le beau temps, la crise) avec le gardien du souterrain. Je pense encore à ses yeux brillants scrutant de temps à autres ma main gauche pour -qui sait - y apercevoir une alliance, ce qui aurait eu pour effet de ranger définitivement au rayon du fantasme (en haut, à droite) son excitation curieuse.
Il a été mes premiers mots échangés à Porto-la-belle, jusque là je m'étais contenté de frapper sur le volant Aladdin Sane de Bowie. Porto qui m'a épuisée après deux heures à chercher vainement la bonne sortie d'autoroute depuis l'aéroport, à traverser le fleuve de part et d'autre, à plusieurs reprises, sans jamais trouver comment descendre des hauteurs du Pont comme suspendu éternellement au ciel. C'est bien simple : le centre de Porto n'est jamais indiqué. Le centre de Porto est peut-être partout ou, de manière plus plausible, il n'existe pas.
Chaque fois qu'une route semble y mener, voilà qu'elle se dérobe, annonçant finalement les faubourgs. Le centre, j'ai fini par le gagner, longeant la rive du Douro... oui, je l'ai gagné.
Vient ensuite le centre lui-même. Aucune rue à Porto ne ressemble à une autre ; la ville est agencée de manière à ne jamais pouvoir se repérer géométriquement dans l'espace. C'est un dédale continu et anarchique d'artères, l'une n'étant ni parallèle, ni perpendiculaire (on le souhaiterait pourtant parfois) à l'autre.
Fatalement, donc, je me perds. Sens de l'orientation oblige.
Ereintée. Fatiguée.
En me couchant hier soir j'ai un peu pensé à la queue de X. Elle a vite laissé place (car je sais qu'il a le sens du partage comme aucun catholique ne saurait l'avoir) au torse nu du vigile/viril et doux à la fois, à la toison épaisse et confortable, comme celle d'un frère. Je l'ai imaginé, l'homme-souterrain, allongé sur le dos, le long du lit de la chambre d'hôtel, parlant (encore!) juste après avoir baisé -la chambre baignée de la lumière du jour, les rideaux maladroitement tirés.
(j'étais trop fatiguée pour me branler, car je voulais le faire doucement ; mon corps était alors bien trop lourd, bien trop pesant).

dimanche 26 février 2012

Grande Hotel de Paris
Porto, Portugal
fevereiro 2012, acabando












Le ventre vide qui appelle trop de marche pour le contenter... Porto re-découverte comme la première fois, baignée de cette lumière rose caractéristique des beaux jours, qui a eu pour effet de me réchauffer presque instantanément. Paris est loin derrière, à quelques battements d'ailes ; l'hiver s'efface ici et maintenant. Jeudi 23 février, je crois bien n'être jamais venue ici en cette saison. C'est alors tout d'un coup comme si je n'étais jamais venue.
La ville est en travaux, il semblerait enfin que a minha gente pense à conserver la pierre, cette histoire érodée par le temps qui passe.
Je suis dans ce café si beau et si mal éclairé, près du Grand Hôtel de Paris où j'ai posé mes valises quelques heures plus tôt, après une arrivée fracassante (patatras).
Les rues sont désertes, seuls passent encore les derniers travailleurs du jour, pressés de rentrer, pour sûr...
il faut laisser place au travail de nuit, et à sa robe pailletée.


mercredi 1 février 2012

heureusement qu’écrire
c’est tourner sept fois sa langue dans la bouche
néanmoins
chaque fois que j'écris
les mots jaillissent sans trop y prêter attention
du moment que cela résonne
et résonne bien,
joli


samedi 21 janvier 2012