jeudi 19 décembre 2013





Soupir (nom masculin) :

colonne d'air bénéfique remontant le long de l'œsophage.






dimanche 8 décembre 2013

Ceci ne peut pas être mon corps.


la journée touche à sa fin. je ne me souviens plus de la couleur du ciel. des pavés. parfois je crois sentir l’odeur du pain émanant de la boulangerie, j'ai faim. Traverser la petite place, jeter un regard complice vers l’église, observer que quelques feuilles restent accrochées aux arbres. Le bruit des talons, comme un lointain souvenir. Est-ce que tout cela a vraiment existé ?

mardi 19 novembre 2013

8 novembre - 19 novembre
Porte des Lilas, Porte des Engloutis,
Porte des Lilas : c'est tout comme si j'avais toujours attendu.
Le bus ne passera pas, me laissant congelée et songeuse.
Voilà une carte postale qu'il faudrait dessiner plutôt qu'écrire :
sur la tête, vissé comme un écrou, le béret des dieux
et sous mon bras, plus jamais de demi-baguette.
Faut-il en déduire que je mangerai du pain rassis jusqu'à la fin de mes jours ?

J'ai la goutte au nez, mais seulement parce qu'il fait froid.

jeudi 17 octobre 2013

R
  Ê
    V
      E


peut-être un jour ferais-je escale.
après avoir réduit la grand voile
et m'en faisant un linceul 
je pourrais m'étendre, tranquille
baignée de soleil

A la fin, c'est un peu triste,
mais enfin
je ne ferai plus qu'un





à S-C, l''éternel

mercredi 18 septembre 2013

dimanche 25 août 2013

L'eau qui commence à frémir dans une complainte sourde indique que c'est bientôt l'heure du thé.
Il se pourrait bien que nous soyons au mois de mars, à la veille de la Toussaint, que la nuit soit sur le point de tomber ou encore que le jour se lève.
Minute se décide à faire une soupe. Mais il lui manque les poireaux ; « pas la saison » lui répond le maraîcher.
Minute allume la télévision : même Michel Drucker n'est pas au rendez-vous. Minute serait-elle en retard ou - pire encore - en avance ? Des dimanches comme celui-ci, elle en a connu tant d'autres.
Des dimanches à cinéma.
Elle se rend place de Clichy, au Cinéma des Cinéastes.
Instantanément le rond-point de la place est envahi de klaxons, foule immobile encastrée dans les automobiles. La pluie est venue, implacable, sonner la fin des vacances, comme pour ne rien regretter. Minute cherche un visage familier parmi les ex-aoûtiens, dont celui de Michel D. Il a dû prendre un autre itinéraire pour rentrer.
Au Cinéma des Cinéastes le temps est long avant la prochaine projection.
Elle s'attable au petit café attenant.
Il n'y a pas de soupe de poireaux au menu, et le temps de la bière-pression est à présent révolu.
« Un porto alors, tinto » commande-t-elle.
« Je vous préviens, il est à température » répond le barman.
C'est comme ça que Minute l'épousa sur-le-champ, sous le regard médusé des ouvreuses qui jusque là s'ennuyaient fort.
Récompense méritée pour notre chère Minute, elle qui avait veillé sur la ville endormie, et chaude, en votre absence.

dimanche 18 août 2013

samedi 3 août 2013

-ORY-CDG-OPO-FRA-CCS-AJA-ORY-CDG-
Moi, tu me dis que tu pars quelque part, c'est bien normal après tout, tu es un peu juilletiste un peu aoûtien, tandis que moi je reste ici je ne bouge pas bientôt la fille du boulanger elle aussi inscrira maladroitement sur la vitrine en vacances, moi je ne ferme pas boutique, je t'emmène, je t'emmène sinon comment veux-tu partir, chargé comme une mule, tes rêves d'ailleurs pèsent aussi lourd que tes paupières d'hiver fatigué, moi je te cerne, je cerne les contours de l'habitude, je reste, je bouge à peine si ce n'est que je t'emmène,
Paris-Orly,Orly-Paris, Paris-Roissy,Roissy-Paris, des virgules comme autant de respirations, moi sur la route les lignes blanches ne s'interrompent pas, elles m'hypnotisent,Paris-bye-bye-bonjour-Paris,tu vas à Ajaccio, à Caracas via Frankfort, tu reviens, Porto finalement c'est pas si loin, dis, tu viens ?
non, moi je reste, je fais semblant de t'attendre, dans ton battement de cils de vacances tu penseras que je t'attends, Paris comme si le temps se figeait le temps des vacances des autres, Paris dormirait et n'aurait plus de réverbères, on économiserait les feux signalétiques, on ferait mine de,
moi pendant que tu rêves,
je regarde Paris dormir,
je te raconterai c'est beau

dimanche 21 juillet 2013

Recette d'été
- avec fenêtre sur cour

Bien choisir un linge, délicat ;
sous un mince filet d'eau glacée
laisser couler
puis
du bout des doigts
presser quelques bulles de savon

méditer

laisser goutter

vendredi 19 juillet 2013

Porte des Lilas, 20h15.
L'autobus à trois chiffres décélère 
au fur et à mesure qu'il 
approche de la frontière, 
se fondant dans la masse des 
automobiles les pots d'échappement 
trépignant d'impatience

Tandis qu'au même moment
les rues se vident, l'inévitable 
hors-saison parisienne s'ouvre : 
les vitrines des magasins annoncent déjà 
la fin du monde, affichant en toutes lettres 
bien visibles 
"soldes, derniers jours".
Bientôt il n'y aura plus rien à revendre. 
Pas une âme, 
pas un souffle d'air  
- et Paris capitale du silence, 
des exilés immobiles, 
torpeur des faubourgs, 
le temps suspendu à un réverbère - une étoile ?



mardi 16 juillet 2013

Après avoir mené une vie exemplaire,
sur près de trente-trois ans,
s'illustrant dans le métro-boulot-dodo-urbain,
après avoir baisé, ici et là,
Minute se décidait à s'installer ailleurs,
un ailleurs qu'elle pouvait nommer, comme on baptise un enfant pour le reconnaître parmi les autres.
Là, une nouvelle correspondance voit le jour ; et, loin de l'immédiateté des choses, elles écrit, appose un timbre-poste léché, puis attend en retour, retrouvant le bon goût du temps qui passe comme lorsqu'elle était gamine.

dimanche 14 juillet 2013

C'est l'histoire de cet homme qui, marchant dans la rue, se rend dans une librairie, fonce tout droit vers le rayon des livres d'occasion, cherche un ouvrage au hasard et commence sa lecture. Selon que le temps presse, ou qu'au contraire l'heure de fermeture du magasin approche, il referme son livre, le repose au même endroit, et retourne à son quotidien (travail, histoires d'amour, courses, cinéma, ennui,...).
Demain, il croisera probablement une autre librairie, filera tout de go vers les seconde-main, et cherchera nerveusement le même ouvrage ; déçu, il retournera ses talons, retrouvant une vie pleine d'ennui.
Et-ainsi-de-suite.
Jusqu'à ce jour où l'occasion lui sera donnée de croiser une nouvelle librairie, dans un tout autre quartier. Avec un peu de chance - ou un peu de persévérance, ça, l'histoire de ne le précise pas - il finira par retomber le nez dedans, poursuivra enfin sa lecture (page 18, là-même où il s'était arrêté il y a quelques temps) et un jour, chemin faisant, il achèvera la lecture d'un livre de seconde-main.
Cet homme est un obsédé.
Je l'ai croisé, un jour,
et depuis
je le suis à travers les rues de la ville.

mardi 9 juillet 2013

La rose à la criée.
- un voile est passé sur ses yeux.
Le sol comme un astre jonché de fleurs décapitées.
Un peu plus tôt, là,
dans l'intimité du parvis désert,
des hommes venus de loin se sont battus avec
les invendus du jour.
De leurs poches retournées, la recette du jour continue encore à creuser des rêves ruisselants d'impossibilité.

lundi 8 juillet 2013

La nuit tombe et tout le monde s'en fout.
Il faut rentrer, vite, semble hurler la foule des passants, sans un bruit.
Le bus est arrivé à son terminus.
Le chauffeur est descendu, abandonnant le véhicule - les enfants ne sont pas arrivés à destination, il faut faire demi-tour, reprendre la route.
Il est trop dangereux de faire machine arrière, alors, prenant la place du machiniste, elle se rend compte qu'il s'agit d'une impasse.
Descendre, marcher, longtemps. Les enfants doivent être restitués à leurs parents, cartable au dos.
Elle a connu ces enfants autrefois.
Elle les a si bien connu qu'ils ont fini par prendre les traits de son visage, ses expressions, manger dans le creux de ses souvenirs.
Ils sont si bruns. Si beaux.


vendredi 31 mai 2013

Ce matin je me sens belle.
Belle et ordonnée.
Pourtant, mes cheveux sont gras.

jeudi 30 mai 2013

en faisant la vaisselle, ce soir
(car je déteste me coucher sans que cela ne soit fait)
j'ai pensé, avec douceur, et le sourire aux lèvres,
ceci :

cette vie
porte déjà en elle 
plusieurs vies

et dans chacune d'entre elles
je vous ai croisé

jeudi 23 mai 2013

jeudi 14 février 2013

saint-Antoine

je sais bien que tu t’éloignes.
laisse-moi encore un peu de temps,
le temps de faire semblant.
tes murs sont décrépis, laissent place à une ville que je ne connais pas, à un horizon décousu, à un ourlet de robe défait.
mon corps porte les stigmates de ton existence ;
il articule maladroitement sa raison d’être
crispe les chignons
émiette le discours
taille les crayons.

tu as disparu de mes rêves, emportant avec toi le souvenir improbable de mon père.
mon Faubourg, 
mon premier 
mon ultime amour
ma niche d’oubli
le sein qui m’a nourri
mon caillou blanc ma sieste calcaire mes jours poreux

mon lit consumé et injustifiable

probablement engloutis à jamais, de mes souvenirs étouffés
ne persiste qu’une vague odeur de brûlé


je tends l’oreille :

la crevasse continuera à déverser son flot continu d’histoire du monde 
en silence

mercredi 13 février 2013

Laisser la cafetière bouillir.
Laisser le Faubourg partir.



Puis,

il n'est jamais revenu.
Nous avons tous déjà entendu parler de ces hommes, de ces pères, partis acheter la baguette du matin, ou le tabac salvateur, partis sans faire de bruit, sans un pli, laissant derrière eux l'insupportable réalité où il leur était devenu impossible de s'inscrire, de se reconnaître.
Alors pourquoi ne pas faire plutôt l'amour au facteur, que l'on sait déjà engagé par ailleurs, jamais vraiment disponible, si ce n'est le temps de vous remettre un pli - contre signature ?

Il faudrait tous les jours épouser le facteur.

dimanche 13 janvier 2013


je suis 
affamée je trompe 
la faim par 
des mots 
et un peu 
de thé

mardi 1 janvier 2013

Treize

En ce premier de l'an,
cependant que mon cul
doucement
gèle sur la pierre d'éternité
la nuit d'hiver approchant
à pas-de-vous
baignent les marbres aux alentours de sa
lumière rose
pâle ;

Tout est devenu rose : joues, doigts, nez.
Et mon cul
comme un printemps fragile,

attend l'amour.
l'amour souvent a du retard.