dimanche 8 décembre 2013
Ceci ne peut pas être mon corps.
la journée touche à sa fin. je ne me souviens plus de la couleur du ciel. des pavés. parfois je crois sentir l’odeur du pain émanant de la boulangerie, j'ai faim. Traverser la petite place, jeter un regard complice vers l’église, observer que quelques feuilles restent accrochées aux arbres. Le bruit des talons, comme un lointain souvenir. Est-ce que tout cela a vraiment existé ?
mardi 19 novembre 2013
8 novembre - 19 novembre
Porte des Lilas, Porte des Engloutis,
Porte des Lilas : c'est tout comme si j'avais toujours attendu.
Le bus ne passera pas, me laissant congelée et songeuse.
Voilà une carte postale qu'il faudrait dessiner plutôt qu'écrire :
sur la tête, vissé comme un écrou, le béret des dieux
et sous mon bras, plus jamais de demi-baguette.
Faut-il en déduire que je mangerai du pain rassis jusqu'à la fin de mes jours ?
J'ai la goutte au nez, mais seulement parce qu'il fait froid.
Porte des Lilas, Porte des Engloutis,
Porte des Lilas : c'est tout comme si j'avais toujours attendu.
Le bus ne passera pas, me laissant congelée et songeuse.
Voilà une carte postale qu'il faudrait dessiner plutôt qu'écrire :
sur la tête, vissé comme un écrou, le béret des dieux
et sous mon bras, plus jamais de demi-baguette.
Faut-il en déduire que je mangerai du pain rassis jusqu'à la fin de mes jours ?
J'ai la goutte au nez, mais seulement parce qu'il fait froid.
jeudi 17 octobre 2013
dimanche 25 août 2013
L'eau qui commence à frémir dans une complainte sourde indique que c'est bientôt l'heure du thé.
Il se pourrait bien que nous soyons au mois de mars, à la veille de la Toussaint, que la nuit soit sur le point de tomber ou encore que le jour se lève.
Luz se décide à faire une soupe. Mais il lui manque les poireaux ; « pas la saison » lui répond le maraîcher.
Luz allume la télévision : même Michel Drucker n'est pas au rendez-vous. Luz serait-elle en retard ou - pire encore - en avance ? Des dimanches comme celui-ci, elle en a connu tant d'autres.
Des dimanches à cinéma.
Elle se rend place de Clichy, au Cinéma des Cinéastes.
Instantanément le rond-point de la place est envahi de klaxons, foule immobile encastrée dans les automobiles. La pluie est venue, implacable, sonner la fin des vacances, comme pour ne rien regretter. Luz cherche un visage familier parmi les ex-aoûtiens, dont celui de Michel D. Il a dû prendre un autre itinéraire pour rentrer.
Au Cinéma des Cinéastes le temps est long avant la prochaine projection.
Elle s'attable au petit café attenant.
Il n'y a pas de soupe de poireaux au menu, et le temps de la bière-pression est à présent révolu.
- « Un porto alors, tinto » commande-t-elle.
- « Je vous préviens, il est à température » répond le barman.
C'est comme ça que Luz l'épousa sur-le-champ, sous le regard médusé des ouvreuses qui jusque là s'ennuyaient fort.
Récompense méritée pour notre chère Luz, elle qui avait veillé sur la ville endormie, et chaude, en votre absence.
Il se pourrait bien que nous soyons au mois de mars, à la veille de la Toussaint, que la nuit soit sur le point de tomber ou encore que le jour se lève.
Luz se décide à faire une soupe. Mais il lui manque les poireaux ; « pas la saison » lui répond le maraîcher.
Luz allume la télévision : même Michel Drucker n'est pas au rendez-vous. Luz serait-elle en retard ou - pire encore - en avance ? Des dimanches comme celui-ci, elle en a connu tant d'autres.
Des dimanches à cinéma.
Elle se rend place de Clichy, au Cinéma des Cinéastes.
Instantanément le rond-point de la place est envahi de klaxons, foule immobile encastrée dans les automobiles. La pluie est venue, implacable, sonner la fin des vacances, comme pour ne rien regretter. Luz cherche un visage familier parmi les ex-aoûtiens, dont celui de Michel D. Il a dû prendre un autre itinéraire pour rentrer.
Au Cinéma des Cinéastes le temps est long avant la prochaine projection.
Elle s'attable au petit café attenant.
Il n'y a pas de soupe de poireaux au menu, et le temps de la bière-pression est à présent révolu.
- « Un porto alors, tinto » commande-t-elle.
- « Je vous préviens, il est à température » répond le barman.
C'est comme ça que Luz l'épousa sur-le-champ, sous le regard médusé des ouvreuses qui jusque là s'ennuyaient fort.
Récompense méritée pour notre chère Luz, elle qui avait veillé sur la ville endormie, et chaude, en votre absence.
samedi 3 août 2013
-ORY-CDG-OPO-FRA-CCS-AJA-ORY-CDG-
Moi, tu me dis que tu pars quelque part, c'est bien normal après tout, tu es un peu juilletiste un peu aoûtien, tandis que moi je reste ici je ne bouge pas bientôt la fille du boulanger elle aussi inscrira maladroitement sur la vitrine en vacances, moi je ne ferme pas boutique, je t'emmène, je t'emmène sinon comment veux-tu partir, chargé comme une mule, tes rêves d'ailleurs pèsent aussi lourd que tes paupières d'hiver fatigué, moi je te cerne, je cerne les contours de l'habitude, je reste, je bouge à peine si ce n'est que je t'emmène,
Paris-Orly,Orly-Paris, Paris-Roissy,Roissy-Paris, des virgules comme autant de respirations, moi sur la route les lignes blanches ne s'interrompent pas, elles m'hypnotisent,Paris-bye-bye-bonjour-Paris,tu vas à Ajaccio, à Caracas via Frankfort, tu reviens, Porto finalement c'est pas si loin, dis, tu viens ?
non, moi je reste, je fais semblant de t'attendre, dans ton battement de cils de vacances tu penseras que je t'attends, Paris comme si le temps se figeait le temps des vacances des autres, Paris dormirait et n'aurait plus de réverbères, on économiserait les feux signalétiques, on ferait mine de,
moi pendant que tu rêves,
je regarde Paris dormir,
je te raconterai c'est beau
Moi, tu me dis que tu pars quelque part, c'est bien normal après tout, tu es un peu juilletiste un peu aoûtien, tandis que moi je reste ici je ne bouge pas bientôt la fille du boulanger elle aussi inscrira maladroitement sur la vitrine en vacances, moi je ne ferme pas boutique, je t'emmène, je t'emmène sinon comment veux-tu partir, chargé comme une mule, tes rêves d'ailleurs pèsent aussi lourd que tes paupières d'hiver fatigué, moi je te cerne, je cerne les contours de l'habitude, je reste, je bouge à peine si ce n'est que je t'emmène,
Paris-Orly,Orly-Paris, Paris-Roissy,Roissy-Paris, des virgules comme autant de respirations, moi sur la route les lignes blanches ne s'interrompent pas, elles m'hypnotisent,Paris-bye-bye-bonjour-Paris,tu vas à Ajaccio, à Caracas via Frankfort, tu reviens, Porto finalement c'est pas si loin, dis, tu viens ?
non, moi je reste, je fais semblant de t'attendre, dans ton battement de cils de vacances tu penseras que je t'attends, Paris comme si le temps se figeait le temps des vacances des autres, Paris dormirait et n'aurait plus de réverbères, on économiserait les feux signalétiques, on ferait mine de,
moi pendant que tu rêves,
je regarde Paris dormir,
je te raconterai c'est beau
dimanche 21 juillet 2013
vendredi 19 juillet 2013
Porte des Lilas, 20h15.
L'autobus à trois chiffres décélère
au fur et à mesure qu'il
approche de la frontière,
se fondant dans la masse des
automobiles les pots d'échappement
trépignant d'impatience
Tandis qu'au même moment
les rues se vident, l'inévitable
hors-saison parisienne s'ouvre :
les vitrines des magasins annoncent déjà
la fin du monde, affichant en toutes lettres
"soldes, derniers jours".
Bientôt il n'y aura plus rien à revendre.
Pas une âme,
pas un souffle d'air
- et Paris capitale du silence,
des exilés immobiles,
torpeur des faubourgs,
le temps suspendu à un réverbère - une étoile ?
dimanche 14 juillet 2013
C'est l'histoire de cet homme qui, marchant dans la rue, se rend dans une librairie, fonce tout droit vers le rayon des livres d'occasion, cherche un ouvrage au hasard et commence sa lecture. Selon que le temps presse, que l'heure de fermeture du magasin approche, il referme son livre, le repose au même endroit, et retourne à son quotidien (travail, histoires d'amour, courses, cinéma, ennui,...).
Demain, il croisera probablement une autre librairie, filera tout de go vers les seconde-main, et cherchera nerveusement le même ouvrage ; déçu, il retournera ses talons, retrouvant une vie pleine d'ennui.
Et-ainsi-de-suite.
Jusqu'à ce jour où l'occasion lui sera donnée de croiser une nouvelle librairie, dans un tout autre quartier. Avec un peu de chance - ou un peu de persévérance, ça, l'histoire de ne le précise pas - il finira par retomber le nez dedans, poursuivra enfin sa lecture (page 18, là-même où il s'était arrêté il y a quelques temps). Un jour, chemin faisant, il achèvera la lecture d'un livre de seconde-main.
Cet homme est un obsédé.
Je l'ai croisé, un jour,
et depuis
je le suis à travers les rues de la ville.
Demain, il croisera probablement une autre librairie, filera tout de go vers les seconde-main, et cherchera nerveusement le même ouvrage ; déçu, il retournera ses talons, retrouvant une vie pleine d'ennui.
Et-ainsi-de-suite.
Jusqu'à ce jour où l'occasion lui sera donnée de croiser une nouvelle librairie, dans un tout autre quartier. Avec un peu de chance - ou un peu de persévérance, ça, l'histoire de ne le précise pas - il finira par retomber le nez dedans, poursuivra enfin sa lecture (page 18, là-même où il s'était arrêté il y a quelques temps). Un jour, chemin faisant, il achèvera la lecture d'un livre de seconde-main.
Cet homme est un obsédé.
Je l'ai croisé, un jour,
et depuis
je le suis à travers les rues de la ville.
mardi 9 juillet 2013
La rose à la criée.
- un voile est passé sur ses yeux.
Le sol comme un astre jonché de fleurs décapitées.
Un peu plus tôt, là,
dans l'intimité du parvis désert,
des hommes venus de loin se sont battus avec
les invendus du jour.
De leurs poches retournées, la recette du jour continue encore à creuser des rêves ruisselants d'impossibilité.
- un voile est passé sur ses yeux.
Le sol comme un astre jonché de fleurs décapitées.
Un peu plus tôt, là,
dans l'intimité du parvis désert,
des hommes venus de loin se sont battus avec
les invendus du jour.
De leurs poches retournées, la recette du jour continue encore à creuser des rêves ruisselants d'impossibilité.
jeudi 30 mai 2013
jeudi 14 février 2013
saint-Antoine
je sais bien que tu t’éloignes.
laisse-moi encore un peu de temps,
le temps de faire semblant.
tes murs sont décrépis, laissent place à une ville que je ne connais pas, à un horizon décousu, à un ourlet de robe défait.
tu as disparu de mes rêves, emportant avec toi le souvenir improbable de mon père.
mon Faubourg,
mon premier
mon ultime amour
ma niche d’oubli
le sein qui m’a nourri
mon caillou blanc ma sieste calcaire mes jours poreux
mon lit consumé et injustifiable
probablement engloutis à jamais, de mes souvenirs étouffés
ne persiste qu’une vague odeur de brûlé
je tends l’oreille :
la crevasse continuera à déverser son flot continu d’histoire du monde
en silence
mercredi 13 février 2013
Laisser la cafetière bouillir.
Laisser le Faubourg partir.
Puis,
Nous avons tous déjà entendu parler de ces hommes, de ces pères, partis acheter la baguette du matin, ou le tabac salvateur, partis sans faire de bruit, sans un pli, laissant derrière eux l'insupportable réalité où il leur était devenu impossible de s'inscrire, de se reconnaître.
Alors pourquoi ne pas faire plutôt l'amour au facteur, que l'on sait déjà engagé par ailleurs, jamais vraiment disponible, si ce n'est le temps de vous remettre un pli - contre signature ?
Il faudrait tous les jours épouser le facteur.
mardi 1 janvier 2013
Treize
En ce premier de l'an,
cependant que mon cul
doucement
gèle sur la pierre d'éternité
la nuit d'hiver approchant
à pas-de-vous
baignent les marbres aux alentours de sa
lumière rose
pâle ;
Tout est devenu rose : joues, doigts, nez.
Et mon cul
comme un printemps fragile,
attend l'amour.
l'amour souvent a du retard.
En ce premier de l'an,
cependant que mon cul
doucement
gèle sur la pierre d'éternité
la nuit d'hiver approchant
à pas-de-vous
baignent les marbres aux alentours de sa
lumière rose
pâle ;
Tout est devenu rose : joues, doigts, nez.
Et mon cul
comme un printemps fragile,
attend l'amour.
l'amour souvent a du retard.
samedi 8 décembre 2012
Sur la place de la Bourse la nuit était tombée depuis je ne sais quand laissant derrière elle quelques plumes accrochées au sol, congelées et silencieuses, incapables de prendre leur envol.
j'ai froid.
la journée a été difficile. elle ressemble pourtant à tant d'autres. alors pourquoi celle-là, pourquoi maintenant ; c'est le genre de choses qui doivent arriver.
vous me demandez : que s'est-il passé
je crois qu'il ne s'est rien passé.
quand je marche, j'écris. qu'en reste-t-il ?
le métro m'emporte déjà.
quand il faisait encore jour, j'ai prié pour apercevoir un visage familier.
inexorablement la réalité ne m'apporte rien que je puisse attendre
mardi 27 novembre 2012
Tous les matins, jours ouvrés.
Elle est là, cette dame hors d'âge, assise à la même table. Le week end je ne sais pas. Généralement je dors. Il n'y a que le travail qui puisse me forcer à me lever ainsi, me contraindre à ce point, et me priver de ma liberté.
Echappée.
Ce matin, pour la première fois - et je sais pourquoi - je me suis dis que je devrais prendre le temps de m'arrêter. Lui demander pourquoi, tous les matins, elle est là.
Café, tartine jus d'orange. Les mots fléchés du seul quotidien disponible.
Madame, pourquoi êtes-vous là tous les matins ? Mais je suis déjà dans le métro, les larmes me montent aux yeux.
Là, assise sur un strapontin qui menace de céder, je pleure à l'idée que j'ai peut-être pris du poids - oui, encore, et que la dame du matin s'éteindra probablement sans qu'aucun souvenir de sa vie ne me soit conté.
Elle est là, cette dame hors d'âge, assise à la même table. Le week end je ne sais pas. Généralement je dors. Il n'y a que le travail qui puisse me forcer à me lever ainsi, me contraindre à ce point, et me priver de ma liberté.
Echappée.
Ce matin, pour la première fois - et je sais pourquoi - je me suis dis que je devrais prendre le temps de m'arrêter. Lui demander pourquoi, tous les matins, elle est là.
Café, tartine jus d'orange. Les mots fléchés du seul quotidien disponible.
Madame, pourquoi êtes-vous là tous les matins ? Mais je suis déjà dans le métro, les larmes me montent aux yeux.
Là, assise sur un strapontin qui menace de céder, je pleure à l'idée que j'ai peut-être pris du poids - oui, encore, et que la dame du matin s'éteindra probablement sans qu'aucun souvenir de sa vie ne me soit conté.
dimanche 25 novembre 2012
48° 52' 7.96'', 2° 23' 9.52''
ça ressemble à une journée qui n'a pas existé.
ça ressemble à un jour férié.
un drame s'est déroulé. mais c'était un jour férié.
alors le drame n'a pas eu lieu.
ça ressemble à un lieu.
entre mes doigts l'odeur du sexe.
j'ai pensé à ne pas laver mes mains ce soir, et faire de cette fragrance le support de mes songes.
mais je suis une incorrigible conne, incapable de ne pas passer par le rituel du bain ; l'affaire s'annonce compliquée.
mon coeur hésite, tantôt soupire, puis dramatise ; choisir...
(le moment du bain est le seul moment où je peux percevoir et mesurer le temps qui passe)
mélancolie à la con, oui.
ce soir j'encule Baudelaire, étouffe Éluard, tarte Madame de Staël, je, je
je pourrais bien ne pas m'arrêter
assommez-moi. et baisez-moi pendant que je fais la morte. promis, je ne bouge plus. mais frappez plus fort : je ne veux pas en revenir. je ne veux plus penser.
ça ressemble à une journée qui n'a pas existé.
ça ressemble à un jour férié.
un drame s'est déroulé. mais c'était un jour férié.
alors le drame n'a pas eu lieu.
ça ressemble à un lieu.
entre mes doigts l'odeur du sexe.
j'ai pensé à ne pas laver mes mains ce soir, et faire de cette fragrance le support de mes songes.
mais je suis une incorrigible conne, incapable de ne pas passer par le rituel du bain ; l'affaire s'annonce compliquée.
mon coeur hésite, tantôt soupire, puis dramatise ; choisir...
(le moment du bain est le seul moment où je peux percevoir et mesurer le temps qui passe)
mélancolie à la con, oui.
ce soir j'encule Baudelaire, étouffe Éluard, tarte Madame de Staël, je, je
je pourrais bien ne pas m'arrêter
assommez-moi. et baisez-moi pendant que je fais la morte. promis, je ne bouge plus. mais frappez plus fort : je ne veux pas en revenir. je ne veux plus penser.
mardi 20 novembre 2012
Encore dans le
métro
bondé.
s'accroupir et pleurer
ou encore
s'accroupir et lire
sans jamais plus en oublier
un mot
lire ou pleurer c'est à peu près la même chose.
à ceci près
que je décide d'ouvrir ce livre et c'est soudain comme si je
pouvais décider
de pleurer
métro
bondé.
s'accroupir et pleurer
ou encore
s'accroupir et lire
sans jamais plus en oublier
un mot
lire ou pleurer c'est à peu près la même chose.
à ceci près
que je décide d'ouvrir ce livre et c'est soudain comme si je
pouvais décider
de pleurer
"Réunis, chaque fois à jamais réunis, ta voix comble tes yeux comme l'écho comble le ciel du soir. Je descends vers les rivages de ton apparence. Que dis-tu ? Que tu n'as jamais cru être seule, que tu n'as pas rêvé depuis que je t'ai vue, que tu es comme une pierre que l'on casse pour avoir deux pierres plus belles que leur mère morte, que tu étais la femme d'hier et que tu es la femme d'aujourd'hui, qu'il n'y a pas à te consoler puisque tu t'es divisée pour être intacte à l'heure qu'il est."
Éluard, La Vie immédiate
samedi 17 novembre 2012
jeudi 15 novembre 2012
Way back home
misère moderne
Etonnant. Et pas vraiment étonnant à la fois.
Je rentre, et j'espère qu'il me reste ce fond de martini au fond du placard, cette vision qui m'a accompagné way back home.
Cette même bouteille achetée au-cas-où il y a près d'un an et demi, lorsque je me suis installée rue L.
Pas d'évènement en particulier, pas de choc, pas de tremblement de terre émotionnel, rien de tout cela.
Rien qu'une longue journée, une longue semaine qui s'étend sans limite de durée semble-t-il, tandis
qu'octobre a déjà connu ses dernières heures,
à nouveau l'appétit se fait oublier,
le corps veut s'oublier ;
Ecrire.
Duras a écrit un livre comme ça. Je l'ai peut-être lu. Je ne sais plus.
Tout a déjà été fait - c'est là le drame, le drame indispensable à tout début. Il y aura toujours eu quelque chose avant. Avant soi.
La dernière fois - et la seule - où j'ai fini une bouteille de martini remonte à près de dix ans.
Après, après alors seulement, j'avais décidé de mourir.
Le martini avait donné un peu de douceur aux poudres de médicament amères, croquées, avalées, absorbées ; le goût du sud, du vin cuit, de l'enfance au milieu de la pinède.
Pas de martini rouge, donc.
A défaut je me suis préparé un sirop-de-citron-vert-eau-du-robinet, comme du temps où il faisait chaud. Il y a si longtemps déjà ; une éternité.
Après avoir
allumé l'ordinateur
dans l'appartement plongé dans cette heure
d'hiver irrémédiable, comme un point de non-retour,
ôté les chaussures pour arrêter le tac-tac-tac des talons que je me contrains à porter (si je ne fais plus de bruit, je disparais),
j'ai d'un geste simple refermé l'ordinateur
et dans le noir de la ville
j'ai écrit
misère moderne
Etonnant. Et pas vraiment étonnant à la fois.
Je rentre, et j'espère qu'il me reste ce fond de martini au fond du placard, cette vision qui m'a accompagné way back home.
Cette même bouteille achetée au-cas-où il y a près d'un an et demi, lorsque je me suis installée rue L.
Pas d'évènement en particulier, pas de choc, pas de tremblement de terre émotionnel, rien de tout cela.
Rien qu'une longue journée, une longue semaine qui s'étend sans limite de durée semble-t-il, tandis
qu'octobre a déjà connu ses dernières heures,
à nouveau l'appétit se fait oublier,
le corps veut s'oublier ;
Ecrire.
Duras a écrit un livre comme ça. Je l'ai peut-être lu. Je ne sais plus.
Tout a déjà été fait - c'est là le drame, le drame indispensable à tout début. Il y aura toujours eu quelque chose avant. Avant soi.
La dernière fois - et la seule - où j'ai fini une bouteille de martini remonte à près de dix ans.
Après, après alors seulement, j'avais décidé de mourir.
Le martini avait donné un peu de douceur aux poudres de médicament amères, croquées, avalées, absorbées ; le goût du sud, du vin cuit, de l'enfance au milieu de la pinède.
Pas de martini rouge, donc.
A défaut je me suis préparé un sirop-de-citron-vert-eau-du-robinet, comme du temps où il faisait chaud. Il y a si longtemps déjà ; une éternité.
Après avoir
allumé l'ordinateur
dans l'appartement plongé dans cette heure
d'hiver irrémédiable, comme un point de non-retour,
ôté les chaussures pour arrêter le tac-tac-tac des talons que je me contrains à porter (si je ne fais plus de bruit, je disparais),
j'ai d'un geste simple refermé l'ordinateur
et dans le noir de la ville
j'ai écrit
mardi 13 novembre 2012
De nuit
j'aimerais vous rencontrer
si jamais
vous qui n'êtes jamais au bout du quai,
quand je rentre fatiguée et heureuse
d'un voyage lointain mais cependant trop court
cependant que Chopin
chopine accoudé dans un coin de gare
si jamais
quand revenant toujours je pose sur mes yeux des valises bien lourdes
j'ai le sommeil du désespoir
et l'amour dégueulasse
dans cette gare
d'aucuns reconnaitront ce pays hors d'age
si jamais
Austerlitz mon amour
j'aimerais vous rencontrer
si jamais
vous qui n'êtes jamais au bout du quai,
quand je rentre fatiguée et heureuse
d'un voyage lointain mais cependant trop court
cependant que Chopin
chopine accoudé dans un coin de gare
si jamais
quand revenant toujours je pose sur mes yeux des valises bien lourdes
j'ai le sommeil du désespoir
et l'amour dégueulasse
dans cette gare
d'aucuns reconnaitront ce pays hors d'age
si jamais
Austerlitz mon amour
jeudi 25 octobre 2012
mardi 16 octobre 2012
jeudi 6 septembre 2012
![]() |
| Photo ©Fabléa 2012 |
Petite,
ma mère travaillait beaucoup.
un travail pénible, physique, souvent humiliant.
elle a traversé mon enfance comme on traverse un couloir inutile.
je la voyais peu.
le matin, elle était déjà partie depuis fort longtemps : le réveil sonnait avant cinq heures du matin.
Le soir dans mon lit plongée dans le noir j'attendais d'entendre la clef tourner dans la serrure, signal de son retour.
elle ouvrait alors discrètement la porte de ma chambre d'enfant-roi, un geste rituel après lequel seulement je pouvais enfin m'endormir.
c'est peut-être ainsi que j'ai commencé à faire des économies de sommeil.
à neuf ou dix ans, il m'était devenu tellement insupportable de la voir en permanence debout, comme un fantôme qui ne peut trouver le repos, éternellement envahie par les obligations du quotidien (cuisine, messe, vaisselle, courses, ...) - ne sachant plus même passer un seul coup de fil assise, si ce n'est une demie-fesse de temps à autres sur le rebord de la baignoire vide (quelle belle image triste) - je décidais de lui faire gagner du temps.
je l'avais tant de fois regarder faire.
ouvrir la planche à repasser dans un grincement insupportable,
y poser doucement le fer lourd,
le brancher dans la prise électrique,
allumer doucement le poste de radio,
prendre le tas de vêtements froissés.
en choisir un pas trop compliqué pour commencer.
et puis, il y a eu les culottes. car maman repassait tout.
et puis, il y a eu cette culotte-là.
la plus belle, la plus précieuse, faite de dentelle ajourée par endroits.
c'était lui rendre hommage. je pouvais rendre ma mère belle d'un geste simple, précis, aimant.
j'imaginais déjà son air ravi, refermant la porte de ma chambre tard, moi faisant semblant de dormir, moi esquissant ce petit sourire simple de contentement, la joie, oui, une joie indescriptible m'envahit tandis que je découvrais, presque simultanément, que la culotte était de soie, soie qui avait fondu sur les rebords du fer à repasser, plus légère que jamais, réduite à rien.
maman ne m'a pas disputée.
moi j'ai beaucoup pleuré, violemment,
car ce jour-là j'ai tué l'unique culotte sexy de ma mère.
dimanche 2 septembre 2012
Gobi
passer la journée à moitié nue
le corps tendu et léger comme un voile
se rendormir encore et revenir sans cesse à la surface
horloge dont la mécanique s'est enrayée
à l'origine, un grain de sable
d'une provenance lointaine
et parfumée
rien ne se meut autour, rien que de l'air
j'ai la gueule d'amour
amour invisible et désordonné
faire de cet espace parisien un horizon sans fin
un appétit qui se gratte à chaque recoin
j'ai fait tant rêves cette nuit qu'il m'est impossible de les raconter
- le récit en serait tellement long
qu'il finirait par vous perdre
ou vous ennuyer
passer la journée à moitié nue
le corps tendu et léger comme un voile
se rendormir encore et revenir sans cesse à la surface
horloge dont la mécanique s'est enrayée
à l'origine, un grain de sable
d'une provenance lointaine
et parfumée
rien ne se meut autour, rien que de l'air
j'ai la gueule d'amour
amour invisible et désordonné
faire de cet espace parisien un horizon sans fin
un appétit qui se gratte à chaque recoin
j'ai fait tant rêves cette nuit qu'il m'est impossible de les raconter
- le récit en serait tellement long
qu'il finirait par vous perdre
ou vous ennuyer
mercredi 22 août 2012
mardi 21 août 2012
lundi 20 août 2012
la nuit dernière nue
les draps emmêlés le sommeil impossible
je suis descendue de mon lit, comme l'homme descend du singe
- me ramenant à ma condition
de petit esprit
de mémoire d'oignon
là j'ai pleuré la mort de cet homme
qui
une dizaine d'années plus tôt
m'avait donné la clef de sa maison
je ne me souviens pas de la première fois où nous nous sommes embrassés
je ne me souviens pas comment nous avons cessé de nous voir
je me souviens du carpaccio quotidien, commandé au café d'en-dessous
nous étions comme au-dessus de la mêlée
chatte ronronnante douée d'un appétit d'oiseau
et sa gueule d'ange et ses lèvres épaisses dans un corps émacié
ses récits d'enfance
des chemins de fer qui se sont alors dessinés
alors peut-être,
peut-être
n'a-t-il pas vraiment existé
les draps emmêlés le sommeil impossible
je suis descendue de mon lit, comme l'homme descend du singe
- me ramenant à ma condition
de petit esprit
de mémoire d'oignon
là j'ai pleuré la mort de cet homme
qui
une dizaine d'années plus tôt
m'avait donné la clef de sa maison
je ne me souviens pas de la première fois où nous nous sommes embrassés
je ne me souviens pas comment nous avons cessé de nous voir
je me souviens du carpaccio quotidien, commandé au café d'en-dessous
nous étions comme au-dessus de la mêlée
chatte ronronnante douée d'un appétit d'oiseau
et sa gueule d'ange et ses lèvres épaisses dans un corps émacié
ses récits d'enfance
des chemins de fer qui se sont alors dessinés
alors peut-être,
peut-être
n'a-t-il pas vraiment existé
vendredi 10 août 2012
samedi 14 juillet 2012
Will-i-am
J'ai connu Marcel il y a quelques années.
Marcel dormait alors sous le flipper du café du Soleil, en chien de fusil.
Marcel voulait que je danse.
Il aimait me voir danser et plus encore, il aimait que les gens me regardent danser.
Je me souviens du regard de l'assistance, des hommes radoteurs et fatigués, ivres ou sur le point de l'être - leurs yeux dans mon dos, glissant le long de la colonne sinueuse de ma scoliose d'enfant, et chuter entre mes reins...
Marcel voulait que je danse.
Et moi je dansais pour Marcel.
J'ai connu Marcel il y a quelques années.
Marcel dormait alors sous le flipper du café du Soleil, en chien de fusil.
Marcel voulait que je danse.
Il aimait me voir danser et plus encore, il aimait que les gens me regardent danser.
Je me souviens du regard de l'assistance, des hommes radoteurs et fatigués, ivres ou sur le point de l'être - leurs yeux dans mon dos, glissant le long de la colonne sinueuse de ma scoliose d'enfant, et chuter entre mes reins...
Marcel voulait que je danse.
Et moi je dansais pour Marcel.
dimanche 8 juillet 2012
minutes
Je sais que dans quelques années, le dimanche lourd et pesant comme aujourd'hui, je repenserai à cet instant précis où, face à la boîte aux lettres vide, je suis heureuse.
De même, lorsque émane le souvenir éclatant du petit 2-pièces du Faubourg, à ceci près que je n'avais pas de boîte aux lettres, mais qu'il me fallait accorder ma confiance à la concierge.
j'ai au travers des années inlassablement repeint les murs de tous les lieux où j'ai vécu. Le temps qui passe donne à la mémoire de l'éclat. De chacun de ces murs exhale une certaine joie, et je sais aujourd'hui que je balade avec moi encore le même sentiment de liberté, comme un mouchoir usé et oublié dans la poche, qui dérange et ordonne tout à la fois.
Je sais que dans quelques années je repenserai à ce quartier, aux ruelles sales autour de Notre-Dame de la Croix, aux pigeons endormis sur les marches de l'église à l'heure où ne courent que les nuages, à ma liberté d'aujourd'hui, au clocher qui hurle sa messe, au mois de juillet paisible et au linge bientôt propre dans un cycle de 45 minutes.
Quarante-cinq minutes. Pas une de plus.
Je sais que dans quelques années, le dimanche lourd et pesant comme aujourd'hui, je repenserai à cet instant précis où, face à la boîte aux lettres vide, je suis heureuse.
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| NY, 2000 |
j'ai au travers des années inlassablement repeint les murs de tous les lieux où j'ai vécu. Le temps qui passe donne à la mémoire de l'éclat. De chacun de ces murs exhale une certaine joie, et je sais aujourd'hui que je balade avec moi encore le même sentiment de liberté, comme un mouchoir usé et oublié dans la poche, qui dérange et ordonne tout à la fois.
Je sais que dans quelques années je repenserai à ce quartier, aux ruelles sales autour de Notre-Dame de la Croix, aux pigeons endormis sur les marches de l'église à l'heure où ne courent que les nuages, à ma liberté d'aujourd'hui, au clocher qui hurle sa messe, au mois de juillet paisible et au linge bientôt propre dans un cycle de 45 minutes.
Quarante-cinq minutes. Pas une de plus.
samedi 30 juin 2012
dimanche 29 avril 2012
samedi 14 avril 2012
mardi 10 avril 2012
lundi 9 avril 2012
lundi 26 mars 2012
samedi 17 mars 2012
lundi 12 mars 2012
dimanche 11 mars 2012
analepse
à Porto, dans une très vieille librairie - a Livraria Lello - fuyant un soleil de plomb,
à l'heure où les gens siestent,
je déambule sans être pressée entre les rayons chargés d'ouvrages colorés...
le parquet craque doucement sous mes talons jusqu'à ce que
mes pas s'arrêtent au rayon Géographie (où personne ne va, cela va sans dire).
dans un silence bienheureux je feuillette agenouillée un ouvrage sur les différentes projections cartographiques jusqu'à ce que
cette quiétude soit interrompue par des pas, lents, au loin, des pas qui semblent se rapprocher, dans ma direction ...
silence, à nouveau.
je reconnais ces chaussures et
sans quitter ma position, ne lâchant pas l'ouvrage d'entre mes mains, il s'introduit dans ma bouche silencieuse, doucement, puis accélère le mouvement.
Au bout de quelques minutes (deux ou trois peut-être), un râle semble le secouer,
le temps se suspend
le temps se répand dans ma bouche, chaudement
puis il repart, comme il est arrivé, le parquet craque à nouveau,
dehors, la vie reprend
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